L'IDÉE OE PATRIE EN ASIE-ORIENTALE ,, . -J rien que des juristes commentateurs, et toute l'intelligence pratique chinoise est résumée dans leurs deux œuvres. La doctrine de Kongtzeu est exposée plus complètement da1~s la partie de son grand ouvrage, les 'D,x Co11psd'Ailes, intitulé le Grand Com111entaire, c'est en somme l'adaptation stricte des principes philosophiques du Yiking à l'existence politique d'un peuple. Je n'entrerai pas dans les détails - fastidieux pour ies non-familiers - des combinaisons ingénieuses, des schémas toujours logiquement graphiques. d'où Kongtzeu, avec une finesse et un à propos remarquables, sait extraire les règles les plt1s claires et les plus adéquates d'un bon gouvernement. li suffira de résumer les principes sur lesquels ses études s'appuient, et les résultats pratiques qu'elles en tirent. Dans l'esprit du législateur chinois. l'administration hiérarchique par la famille, est le seul lien capable d'attacher un homme en ce monde. La conception de la famille - du Rite Ancestral - élevée à la hauteur d'un précepte irréfragable, est commune à tous les ExtrèmeOrientaux, et nous l'étudierons spécialement en Indo-Chine, où il est le seul qui - encore à l'état de nature - joigne ou disjoigne les habitants, vivant les uns à côté des autres. Quant à l'administration hiérarchique qui est sur elle calquée, il convient de remarquer de suite ce qu·entend par là Kongtzeu. L'administration est-non au-dessus, non au-dessous, mais à côté et en dehors du roi: Le roi est un symbole: c'est le fils du Ciel, mais un fils inerte: derrière les voiles toujours baissés de ses temples, derrière les portes toujours fermées de ses palais. il réunit le principe monarchique terrestre et le principe traditionnel divin, mais il n'agit pas: c'est une belle et respectée idole immobile, et son pouvoir est. au milieu de ses soi-disant sujets, qui ignorent son visage et son nom, une simple représentation inoffensive d'idées très anciennes, et n'a aucun point commun avec la tyrannie autocratique que semblent supposer les principes dont il personnifie l'expression. L'administration se fait tout entière par les lettrés, quelle que soit leur origine, leur race, leur ancestralité: leurs fonctions sont d'autant plus importantes qu'ils ont poussé plus loin leur sagesse, et ils acquièrent tant d'influence par leur science seule, qu'ils arrivent à contrebalancer l'influence royale - ou de l'entourage royal - et à la tenir en échec, quand elle s'applique à des buts visiblement mauvais. L'association en co1111i1unautésd'habitants mus par les mêmes mobiles est un précepte: mais sa formation est entourée des avertissements les plus graves. Et comme, en somme, l'association des intérêts est le principe originel d'ou l'on a fait sortir - en le poussant - les idées de patrie et de nationalité - il est bon de traduire ici les paroles de la plus ancienne doctrine chinoise, et les paraphrases de ses illustres commentateurs.
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