La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA !U:YUE SOCIALISTE été absorbée par Berlin: des villes qui, comme Munich, Dresde, Weimar avaient enfanté une ciYilisation capable de leur assurer un brillant avenir, n'eurent plus qu'à jalouser la capitale de l'Empire, à voir fleurir ses mœurs juiYes et industrielles. Tout alla au centre: la richesse de la nation fut accaparée par cette ville des marais de la Sprée, qui tout-àcoup eut une population de plus d'un million d'habitants. Le militJrisme comprima l'Allemagne: de toutes les régions dé l'Empire les jeunes gens furent envoyés à l'armée du commandant en chef, le roi de Prusse, pour ètre convenablement disciplinés; et le pays subit lui-mème la discipline de ce gouvernement militaire devenant en quelque sorte une immense caserne. Les premières attaques dirigées contre le despotisme 1111 périal furent celles des socialistes, toujours à l'avant-garde pour combattre les tyrannies de la société actuelle. Mais, peu à peu, la pression centralisatrice du gouvernement prussien souleva la haine du Sud contre k Nord, régions d'esprit difTérent, et n'ayant pour ainsi dire pas la même langue, l'une parlant le Bns-Allc111n11d l'autre le Hnl!t-Allmwnd. Une opposition presque générak régna contre la domination de la Prusse parmi les populations de l'Allemagne méridionale, gagnant peu à peu les autres populations: le gouvernement impérial \·it sa majorité diminuer à chaque élection. Il est vrai que, de temps en temps, un incident survenait à la frontière. et les journaux gouvernementaux présentaient la France prête à fondre sur la patrie: le cham·inisme ainsi rallumé venait à point pour soutenir l'Empire. Car le chau\·inisme est le seul soutien qu ·ait en Allemagne l'état prussien; c·est le seul lien entre la Prusse et les autres régions, le seul sentiment qui mette des Bavarois, des Souabês. des Saxons, des Thuringiens sous la dépendance absolue de l'empereur. A chaque diffic'..1lté le gouvernement impérial a dt'1 faire appel au chauvinisme. Mais à force d'ètre exploité, ce sentiment finira bien par se lasser et par céder la place à des sentiments plus Yivaces. Déjà cette année, malgré les dédarnations patriotiques et impériales de Guillaume II. la nom·elle loi militaire n'a pu être votée quegràce à la servilitc:des députés Polonais. Les populations des provinces allemandes avaient protesté en masse; et de la _Bavière, noyau de l'opposition du Sud, partirent des attaques comme celles-ci: ,, La prochaine guerre doit rendre la Prusse toute puissante en ,, Allemagne. C'est pour cela que nous, Bavarois, on nous force de « donner des millions et des soldats! La prochaine guerre a donc une ,, importance capitale pour l'existence de la Bavière. « Si cette guerre était malheureu~e. ce serait ]afin de l'Fmpi1 e Alle.- " mand, mais le vainqueur aurait l':' plus gra11di11li:rêt à 111énagc:la- Ba- " r1,ièrt ; si au contraire l'Allemagne était victorieuse. la Bavière devien-

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