La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE l'autr~ pôle s·appell~ nécc.,sité. Dans la nature. où le 'hasard s~mb!e aussi régner. on a. depuis longtemps, constaté la nécèssité intime et la régularité qui :,C font jour et s'imposent au milieu d~ ce hasard. Il en est de mème de la societé. Tous les accidents de la production de: marchandises et d-: l'échang-e sont soumis à des lois qui s·atlirrnent Yis à Yis des producteurs et des échangistes. comme des forces drangeres tout d'abord inconnues et dont l'essence ne peut dre que très difficilement de\'inée et etudiéc. Ces lois économiques se mo,iiftent à chaql!e degré nou\'eau du dé\'eloppement de la forme de la production: mais. tout \'ensemble de la période civilisée est dominé par elles. Aujourd'hui encore le produit tient le producteur sous sa puissance: aujourd'hui encore. toute la production des sociétés est réglée. non par un plan déterminé et cbboré en commun. mais par des lois a,·euglcs. se faisant valoir a\·cc toute la force des éléments naturels et dont les effets éclatent en dernil.!re in:,tance dans les orages des crbes comrnerciales périodiques. La di,·ision du tra\'ail et J'échange une fois établis. il ne fallut p~b longtemps pour que \'on découvrit cette grande \'érité que l'homme peut aussi 0tre une marchandise et que la force humaine de tra,·ail est utilisable et cch,<11geable au moyen de la transformation de l'homme en escla\'e. A peine les hommes eurent-ils commencé à écb;rnger quï!s furent eux-mème:, soumis à l'échange. Après les escla,·ages antiques viennent successi,·emcnt !e sen·age de l'époque féodale et le prolétariat moderne. Ces tïOis fon~1es de scn·itucle caract~risent les trois grands stades de la ci\'ili::ation. Il _\· a encore aujourd'hui des escla\'e:,. soit ouyertement. soit de façon dissimulée. Au point de \'lie écünornique. toute cette époque de la production marchande s'est signalée. même des son origine: 1 ° p:tr l'introduction de la monnaie métallique. c1vrainant le capital-argc:1t. lïnteret et l'usure: 2° par \'a,·enement de la classe des marchands: 3' par la construction de la proprieté pri\'ée et de l'hypothèque: 4" par le tra\'ail servile de\'enant prépondérant dans la production. La forme de famille. correspond,rnt à la ci\·ilisation et _pan·enue a\'ec elle à pré\'aloir définiti\'ement n'est autre que la monogamie. expression de la domination de l'homme sur la femme et de la Yaleur de chaque famille isolée comme unité économique de la ~;ociété. Le tout est embrassé par l'Etat qui. dans toutes les périodes modèles est le sel"\'iteur de la classe régnante et. dans tous les cas. ne sert essentiellement qu·a tenir sous le joug la classe exploitée. - Signalons encore comme caractéristique de la période ci,·ilisée l'oppositivn de la ,·ille et de la campagne. base de toute la di,·ision du tra\·ail social. et l'institution des testaments qui permet au pro11riétaire de disposer de sa propriété. meme après sa mort. Cette institution absolument contraire à l'esprit de l'antique gentilité est restée inconnue a Athenes jusqu'à Solon: elle fut de bonne heure introduite à Rome. mais nous ne sa,·ons a quelle époque: le clergé l'établit en Allemagne afin que tout bra\'I:: allemand pùt aisément abandonner s..:::sbiens ~1 l'Eglis..:::. A\'ec cette constitution pour base, la ci\'ilisation a accompli des choses qui dépas~aient infiniment toutes les forces de l'ancienne gentilité. Mais elle les a accomplis en mettant en mou\'ement les passions les plus Yiles. les penchants les plus égoïstes de l'homme et en les dé,·eloppant au ddrim~nt de toutes les autres capacités et aptitudes.

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