REVUE l)ES LJ\'RES La cupidité a été l'àrne de la ci\·ilisation depuis son premier pas jusqu'à lï1cure actuelle. La richesse. encore la richesse et toujours la richesse. rid1esse. non de la société· mais de tel ou tel indivitiu. a été l'unique moteur. Et comme elle était fondée sur l'exploitation d'une classe par une autre, son développement s'est opéré et s'opère encore au milieu de contradictions sans fin : Chaque progrès de la production aggrave la situation de la classe qui produit et qui est la grande majorité: ce qui est un bienfait pour les uns est un mal pour les autres. Un exemple convaincant nous en est fourni par le machinisme contemporain dont nul n'ignore les e!Tets. Et tandis que. chez les barbares. il était à peine possible de faire une distinction entre le· droits et les devoirs. la Civilisation fait éclc:.ter leur différence et leur opposition aux yeux des plus naïfs, en attribuant presque tous les devoirs à une classe et à l'autre presque tous les droits. Il est évident qu'une telle situation ne devrait pas ètre. Ce qui est [-,on pour la classe régnante doit ètre bon pour la société toute t:ntière a \·ec laquelle la classe régnante s'identifie. C est pourquoi. à mesure qu'dlc progresse. b Ci\·ilisation se \·oit forcée de counir du manteau de la charité les maux qu'elle enfante. de les atténuer. de les nier. en mot d.:! pratiquer cette hypocrisie de conventions inconnues aux premieres sociétes et qu'elle-mème ignorait à son début. Et quel est le dernier mot de cette hypocrisie? C'est que l'exploitation dont est victime la classe opprimée de la part de la classe privilégiée 1ù1 lieu que dans l'intérêt de la prcrniere: et si celle-ci ne le voit prts. c'est qu'elle est pleine de la plus noire ingratitude à l'égard d'exploiteurs qui l'accabknt de bienfaits. Donnons maintenant pour conclure le jugemen, de Morgan sur la ci\·ilisation : ,, Depuis l'ori~ine de la période civilisée. l'accroi$sement de la richesse a -:té tellcmc:nt énorme. la variété de ses formes tellement grande. son application si étendue et si complexe. son administration si habilement dirigée dans l'in_térèt de ses possesseurs. que cette richesse s'est opposée \·is-à-vis du peuple. comme une puissance im·incible et irrésistible. L'esprit de lî10mrne demeure stupéfait de,·ant sa propre création. Et pourtant un temps viendra où la raison humaine aura acquis les moyens de diminuer la richesse, où elle fixera les rapports de l'Etat et de la propriété et les limites des droits des propriétaires. Les intérèts de la société sont absolument supéric:urs à ceux des indi- \·idus et il importe d'établir entre eux un rapport d'harmonie et de justice. L'acquisition de la richesse n'e,t pas la fin cte l'humanité. si. du moins. le progr~s res(e la loi de l'avenir comme il fut celle du passé. Le temps écoulé depuis le commencement de la période civilisée n·est qu'une minime fraction de l'existence de l'espèce humaine. La dissolution de la société actuelle s·annonce menaçante. comme terme d'une carrière historique dont la richesse a été le seul but: car le système de cette société contient les éléments de sa propre destruction. D.émocratie dans l'administration, fraternité dans les relations sociales. égalité des droits, éducation universelle, inaugureront la prochaine période historique que la raison. l'expérience et la science préparent aujourd'hui. Cette nouvelle période sera ln rés11rrcctio11-mais sous une forrme supé rieure - de la liberté. de l'égrtlité et de la fratenité des antiques gentes. ,, (Morgan, A11cfr11s/ocie~1•). F. ENGELS.
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