La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

QU'EST-CE QUE LE SOCIALISME? vons méconnaître que la vie sociale est conditionnée par trois facteurs principaux: le milieu économique, la vie organique et la vie psychique. Pourquoi donc vouloir la faire dépendre exclusivement d'un seul de ces facteurs ou attribuer un rôle prédominant au plus extrinsèque, à celui qui nous tient le moins au cœur? C'est assurément méconnaître le sens de l'évolution humaine que de vouloir considérer la société actuelle Gomme régie par les mêmes nécessités que les sociétés primitives et surtout que les sociétés animales. Si, e~ effet, nous pouvons et devons chercher une origine toute organique à la sociabilité, il n'est pas moins évident que le rôle d'un sens social plus ou moins vague tend à se développer et à se confirmer de plus en plus dans la marche de l'humanité à travers les âges. Sans entrer, ici, dans les détails des preuves de cette tendance socialiste des esprits et des évènements contemporains ( 1) nous croyons impossible de nier l'éveil du sens social à notre époque, et nous ne devons pas oublier que c'est précisément l'entrée en jeu de cette conscience sociale qui imprime au mouvement socialiste actuel contemporain son véritable caractère et en fait une des phases les plus intéressantes de l'évolution de l'humanité, qui semble ainsi prendre conscience de sa propre destinée. Assez longtemps, cette pauvre humanité a eu à souffrir des conséquences de toutes les erreurs qu'ont engendrées à profusion les fausses conceptions de la vie, depuis le fétichisme naïf de nos ancêtres et de nos frères arriérés, jusqu'aux vues transcendantes des métaphysiciens de toutes les écoles. Lasse d'ètre trompée sans cesse dans son attente, elle finit par ouvrir les yeux et commence à se rendre compte de l'illusion dont elle était victime. L'homme, éclairé peu à peu par le faisceau lumineux que toutes les sciences font converger dans sa propre conscience, s'aperçoit tout à coup qu'il est comme le centre où viennent aboutir et d'où partent toutes choses. Peut-être devons-nous voir le premier effet de cette nouvelle vision dans la poussée irréfléchie et inconséquente de l'individualisme à outrance dont nous subissons, en ce moment, les conséquences désastreuses. Mais quoi qu'il en puisse être, soyons assurés que cet éblouissement passager ne nous empêchera pas longtemps de nous apercevoir que nous ne sommes ainsi que grâce à ce qui est avec nous et autour de nous. Pour être ce que nous sommes, il faut d'abord que _nous soyions la résultante de quelque chose, et pour que nous soyions le reflet de l'Univers, il faut, de toute nécessité, que cet Univers existe: par conséquent, nous ne pouvons nous supposer indépendants dans cet univers, à moins de supposer que nous n'en sommes pas une partie composante, ce qui serait inconcevable. Donc, de toute façon, nous sommes amenés à nous considérer comme partie intégrante de ce qui existe; or, il nous est impossible de (1) Voir le Socialisme co11temporai11, par E. de Laveleye, Alcan.

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