La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

18 LA REVUE SOCIALISTE admettre que la genèse sociale remonte à la condition premièïe qui a groupé les premiers ètres humains dans une unification, dans un conc;urs d'action. Par conséquent, la condition nécessaire à la formation comme à la vie d'une société, c'est la solidarité de ses membres, non leur lutte. La lutte est anti-sociale et provient d'un défaut de correspondance ou d'équilibre entre les facteurs : elle est effet et non cause. Il en est de la vie et de l'évolution sociales comme de la vie et de l'évolution org~niques. Dans les deux cas, l'organisation résulte en même temps de la différenciation des individus ou des éléments, et de leur solidarisation fonctionnelle par leur adaptation aux conditions et circonstances de milieu. Un organisme social peut se comparer à un organisme animal, mais nous ne devons pas oublier que des différences importantes séparent les grandes sociétés modernes des organismes animaux Sï.1périeurs. Tandis, en effet, qu'une société humaine primitive, nomade. isolée, indépendante d'autres sociétés similaires, peut. à la rigueur, ètre assimilée aux protoorganismes constitués par un assemblage d'individus cellulaires, nous voyons, pour nos grandes sociétés civilisées, l'impossibilité de leur attribuer une individualisation proprement dite, indépendante de leurs congénères; les relations et communications internationales de toutes sortes font de l'humanité actuelle un immense organisme analogue à ce que les naturalistes décrivent maintenant sous le nom de polyzoïsme, c'est-à-dire que la société humaine se trouve constituée par un agrégat, un enchcvètrement d'organismes sociaux encore trop différents dans leurs structures et fonctions pour que nous puissions entrevoir ce que serait l'organisme social formé par l'individualisation de toutes les sociétés humaines fusionnées en une seule. De plus, de mème que l'homme est, de tous les animaux, celui qui subit le moins directement l'influence des conditions de milieu physique ou cosmique, grâcl à l'industrie du vêtement. du logement et de l'alimentation, de même nos sociétés modernes. a\·ec leur organisation industrielle et scientifique, avec leurs moyens de transports et de communications internationales, nous semblent beaucoup moins à la merci des conditions économiques que les sociétés rudimentaires lesquelles n'offrent point une aussi grande facilité à s'adapter à des conditions ou à se créer des ressources nouvelles. Aussi, sans vouloir nier l'importance du facteur économique dans notre existence moderne, nous croirions volontiers que nous nous en exagérons ou au moins que nous en interprétons m:il le véritable rôle. Il nous semble que nous sommes dans la situation d'un malade qui s'obstine à voir la cause de sa maladie exclusivement dans la partie douloureuse. sans se préoccuper de la véritable cause pathogénique. Nous pensons qu'il faut chercher la naie source de nos maux bien plutôt au fond de nous-mèmes qu·à côté et à la superficie. Nous ne pou-

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==