La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

QU'EST-CE QUE LE SOCIALISME? Quand nous voyons ainsi l'humanité souffrir de ses erreurs, s'attarder dans ses préoccupations d'un égoïsme étroit et a,·eugle, comment ne pas attacher une importance primordiale à la transformation de notre conception de la vie et de la société? Ne nous y trompons pas, ce qu'il faut réformer avant tout, c·est nous-mêmes, c'est notre mentalité. Ne l'oublions pas, nous ne sommes qu'une résultante de l'hérédité, du milieu où nous vivons et des habitudes que nous acquérons par notre fqçon de vivre. Nous ne sentons et jugeons les chose:-- que dans la façon et la mesure pour lesquelles n~s sommes accordés par nos diverses adaptions ou accoutumances physiques, mentales et ~orales. C'est un véritable contresens expérimental de ,·ouloir imposer fif'T a un peuple une législation ou une règle de vie en opposition a,·ec ses .--!•' habitudes de m~ntalité et de socialité. Voilà pourquoi toutes les tentatives de réformes radicales sont condamnées d'avance à l'impuissance, si elles sont exclusives, si elles ne comportent pas une action modificatrice parallèle sur les facteurs corrélatifs. Non seulement nous ne devons compter que sur l'efficacité des réformes basées sur les lois naturelles de la vie sociale. mais nous ne pouvons espérer les faire accepter qu'àprès avoir préparé le terrain, Par conséquent, si nous ne sommes pas corn pris, si nous rencontrons de la mauvaise volonté et de la résistance, ne nous en prenons qu'à nous-mèmes, n'en cherchons la cause que dans notre insuffisance à éclairer les esprits, à faire comprendre l'importance des changements que nous proposons. N'imitons point. en socialisme. les gouvernements maladroits qui croient s'imposer par la force ou la ruse au lieu de se rendre désirables par leur utilité et leur bonne gestion des affaires publiques. Le socialisme. en proclamant l'intérêt du plL~Sgrand nombre comme supérieur à lïntérèt individuel, est l"expression par excellence de notre instinct de sociabilité. Cc n·est pas pour rien qu·on a défini l'homme, un animal sociable. Sans doute, nous sommes bien obligés de reconnaitre que les animaux montrent aussi un instinct analogue dans leurs associations et mème dans de véritables sociétés organisées, comme nous le voyons en particulier chez les ~beilles. les fourmies et les termites. Mais cela ne prouve qu'une chose. c·est que notre instinct de sociabilité puise sa source clans les profondeurs de notre organisation et, par conséquent, est tout aussi inhérent à notre nature que son opposé, l'_instinct individualiste. le Yil égoïsme. que l'on cherche trop à nous objecter quand nous parlons de la tendance de J'é\-olution humairie vers l'altruisme, la solidarité, le socialisme. Personne ne peut plus prétendre que les sociétés humaines n'ont pas évolué en passant par des phases très variées, depuis les s0ciétés rrimitives purement bestiales, jusqu'à nos sociétés modernes où un \"teux fond de barbarie atavique se dissimule à grand peine derrièïe un \'ernis trompeur de civilisation encore très incomplète, si on veut bien en juger par ce qui se passse trop souvènt. Il faut donc bien 2

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