La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

220 LA REVUE SOCIALISTE M. Alphonse HuM1i1:RT, président du Conseil. - Je désire tout d'abord prc.:- ciscr un fait: M. S:wton disait tout à l'heure qu'au lieu de montrer tant de.: brutalité en fermant la Bourse du Travail, le Ministre de l'Intérieur eüt mieux fait de s'adresser au Conseil municipal, afin que celui-ci amenât les syndicats :1 composition. M. S:iuton avait raison. Cette intervt:ntion du Conseil, que le Gouvernement n'a pas provoquét:. n'en a pas moins eu lieu. Votre Burt:au a cru devoir exposer la question aux ouvriers et leur faire sentir combien l'obligation qu'on réclamait d'eux était légère. Il y a eu de nombreux pourparlers et nous allions enfin arriver à une entente quand est intervenue la décision brutale du Ministre. (Très bien! - Applaudissements.) Pour vous permettre de juger d'une façon plus précise encore l'attitude.: du Ministre, je rappellerai ses déclaration5 lors des conférences qu'il a eues avc..: les conseillers et députés de Paris. Nous nous étions présentés devant lui avec des sentiments de conciliation et tous nous :1,·ions adjuré le chef du Gouvernement de consentir quelques concessions afin que la question pùt recevoir une solution pacifique. (Très bien !) Seul, M. le Ministre de l'Intérieur n'a pas prononcé une parole de conciliation et il s'est renfermé dans la volonté bien arrêtée de pousser l'affaire à l'extrême rigueur. A la fin cependant il a fait une décbration qui a été l'unique concession que nous ayons pu obtenir et qu'il est i111portant de rappeler, parce qu'elle juge l'acte qui vient de s'accomplir. M. le Ministre a dit: <i Je ne veux rien modifier à mes décisions, pai"œ que, par des actes publics, officiels, la Bourse du Travail a manifesté !"intention de résister à la loi. ~1elle modifie son attitude, je verrai alors ce que j'ai à faire. » M. le Ministre n'a pas pris, vous le voyez, d'engagement formel; 111ais il a dit que la seule raison qu'il avait de maintenir la rigueur de se~ décisions était la violence des syndic:1ts qui prétendaient résister à la loi. N'était-ce p:ts dire clairement: « Si les syndicats respectent la loi, je ferai une concession équivalente:- '> UNEvoix. - Evidem111ent ! M. ALPHONSEHUMBERT. - Eh bien, cc qu'on exigeait des ouvriers, le~ ouvriers l'ont donné largement, loyale111ent. N'ont-ils pas, en effet, alors qu'il y avait des troubles dans la rue, fait appel :i la conciliation, et, quand le Gouvernement pouvait craindre que les gens dans le cœur desquels bout le.: sang révolutionnaire se jetassent dans la mêlée, n'ont-ils pas abjuré leur~ camarades de ne pas descendre dans la rue? (Très bien! Très bien! Applaudissements sur un grand nombre de bancs.) Etait-ce possible de faire réponse plus nette aux accusations de M. le Ministre de l'Intérieur et de manifester plus haut le respect de la loi? (Très bien !) Et c'est ce moment que le Gouvernement a choisi pour commettre un acte de violence, un coup de force que nous étions bien loin d'attendre :tpr~s les paroles de M. le Ministre! (Mouvement prolongé.) -

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