La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

206 LA REVUE S:)C!AL!STE - Modifiée dans un sens patronal; détournée de sa signification première. devenue par les soins d'une commission sénatoriale une ar111eà deux tranchants, utile pour la défense des syndicats, mais dangereu~e pour eux entre les mains d'un adversaire puissant, ainsi dûment estampillée par la caducité de nos Pères conscrits, elle n'a point cependant trou\·é grâce de\·ant la Haute Assemblée. Elle a été repoussée. Ce qui est plus important et plus criant, c'est que le Sénat, d~ms la 111~111seéance, a refusé d'adopter un projet de loi déposé par M. Fallières. ministre de la Justice au temps de Constans. Il s'agissait d'accorder aux anciens ouvriers, ayant abandonné leur profession depui::. 111oinsde cinq ans. le droit de rester membres du syndicat de leur profession. Voilà donc le Sénat plu? bourgeois que Fallières et Constans ! La misérable hypocrisie de la bourgeoisie se trahit ici biencrùment. Si les pr~sidents et secrétaires des syndicats sont ouvriers, on connaît leurs noms, puisque la loi exige le dépôt des statuts et la liste des me111hres du bureau. Les noms connus, cela suffit : On attend un prétexte et on chasse ces malheureux de l'usine dès qu'on le peut. Si \·ous nommez d'anciens Ou\-riers devenus indépendants, Yotre syr,dicat est illégal et l'autorité, toujours paternelle, vous somme de modifier la composition du bureau : Le refus amène la dissolutio;1 du syndicat et des poursuites correctionnelles; de sorte que, pris entre deux feux, il ne reste plus aux ouvriers qu'à méditer amèrement sur la \'anité des réformes bourgeoises. Le fruit est frais, appétissant, prene:::-le, mettez-le sous la dent et \·ous n'avez plus qu'une affreuse pelote de son. Cest à cela que scn·ent les Sénats : Ils repoussent dans J'ombre les prnjets de loi annoncés avec fracas par les ministres malins et adoptés par les députés. Quand l'opinion publique est émue de quelque injustice, on)ui jette en pàture des feuilles de papier pleines de très jolies choses. On délibère, on pérore, la presse s'agite et le tra\'aillelir en lisant son journal se dit que cette fois-ci c'est arri\'é, qu'on \'a tra\'ailler pour lui : li sent son cœur gon0é d'une douce reconnaissance !... L'émotion se calme et un an après, on étrangle dans quelque coin obscur et loin de tout bruit le projet annoncé, l'(lrf:dc-réclame placé en d~\·anture pour tromper le badaud. Ui. Chambre des députés s'est montrée digne du Sénat clans la mémorable séance du 8 juillet 1893. On discutait l'interpellation rèlati\·e aux émeutes du quartier latin et à la fermeture de 1:1 Bours:: du Tra\'ail. Après la honte du Panama, après les flaques de sang de Fourmies, la Clumbre a aussi approuvé les piétinements de femmes et d'enfants. les têtes cassées, les tibias fracturés et les passages à tabac. M. 1-'.enri Brisson, un modéré, s'est indigné de ces làchetés sans nom dans un discours dont nous reproduisons les parties principales :

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