La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

CÉ QUE DOIT ÈTRE LE THl~ATRE SOCIALISTE s'ofrrira à nous sous un aspect de plus en plus simplifié. Les " festons et astragales >' dont les civilisations décadentes ornent leur style, sont de vieux accessoires démodés. capables seulement de dissimuler, sous une parure brillante, l'indigence du fond. Les conceptions puissantes et élevées que nous attendons n'auront nul besoin de recourir à des séductions extérieures pour nous entrainer !... Quant à ceux qui annoncent a\·ec fracas la révolution littéraire comme très prochaine, ils paraissent oublier que, pas plus qu'aucune autre révolution, elle ne peut être décrétée. Elle se prépare lentement. par l'accumulation des vieux abus, le dépérissement des \·ieilles formules, devenues inaptes à exprimer le sentiment commun. C'est la fissure, d'abord insignifiante, constatée un matin aux flancs de l'édifice et qui va. s'élargissant un peu chaque jour, jusqu·au craquement final. laissant les témoins tout stupéfiés de ce brusque écroulement! Dans l'ordre politiqne cela se traduit par la démolition d'une Bastille et l'édification soudaine de barricades; dans l'ordre littéraire. par l'éclosion d'un chef-d'œuvre où toute une époque reconnait son esprit. retrouve, concentrées en un solide faisceau, ses aspirations jusqu'alors éparses et mal définies. Cette révolution, dont~out le monde proclame la néc-.:ssité, n'est pas encore près d'éclater, au moins dans k domaine du théàtre. Esquissée, dans le roman, par l'œuvre vigoureuse de Zola, dont la haute portée sociale n'est pas contestable. elle n ·a, jusqu ·alors. abordé la scène que d'une façon timide et n'y a posé que de faibles jalons. Cest qu'elle ne s\ sent pas à l'aise, libre de diriger son expansion comme clic le désirerait, de frapper à grands coups dans le fatras des conventions scéniques. L'art dramatique est, en cffd, si complexe. l'expression de la pensée y reste soumise, quoi qu·on fasse, à des besoins de clarté si gr:rnds, de compréhension si rapide. qu'il lui est impossible de se dégager tout à fait des éléments restrictifs qui ] 'enserrent comme des liens et empêchent] 'analyse intégrale des sentiments et des passions de s'implanter au théâtre, comme elle a conquis le roman. Il est pourtant \'isible que notre littérature dramatique, bien malade depuis longtemps, arri\'e au dernier degré d'épuisement. La chose n'a rien qui puisse nous surprendre. La décadence du sentiment artistique suit une marche rapid~ dont les effets sont de plus en plus visibles et se mesurent à la r~crudescencc, chaque jour plus accentuée. des désirs et des appétits. Certes, à l'époque où nous arrivons, la théorie de l'art pour l'art ne se peut défendre. Une société comme la notre, en mal de transformation, a un besoin trop grand du concours de toutes les forces vives qu'elle renferme, pour qu'on n'éprouve pas une certaine tristesse à voir des intelligences supérieures, capables de fournir à l'œuvre sociale un appui fécond,

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==