LA REVUE SOCIALISTE En \·érité, c·cst Yite dit de se proclamer socialiste et réformateur du g-enre humain. Tous les jours, nous voyons aussi un nombre étonnant cie gens qui n'hésitent pas à s'introniser médecins et à gratifier les malades de leurs doctes avis. Nous vi\·ons dans un tel tourbillon dïdc:es, nous sommes étourdis par un tel Ilot de paroles et d'écrits, que, s<'.ns nous en rendre compte, nous nous laissons hypnotiser par les mots et les images qu'ils produisent dans nos cen·eaux enfiévrés, sans a\·oir le temps ni l'idée denous reprendre nous-mèrnes par la réf1exion pour nous orienter dans ce dédale affolant. Hélas! il ne suffit pas de s'ètre meublé la mémoire d'un grand nombre de mots techniques: ce n'est pas assez d·ayoir compulsé une quantité quelconque de documents: ce quïl faut, ce qui importe, c'est d'a\·oir saisi la signiÎlcation des choses observées, c·est d'acquéric le sens pratique, c'est d'apprendre à juger avec les don nées de l'expérience et non avec des idé2s aprioristes. Nous sa\·ons que la médecine, accaparée par les théoriciens doctrinaires, a souvent conduit aux pratiques les plus funestes pour les malades, les plus opposées au véritable sens de la médecine età son progrès. L'histoire de l'esprit humain et de la ci\'ilisation nous montre le dang~r de recommencer sans cesse à expérimenter toutes les panacées qui peuvent surgir des cen·eaux en mal d'enfantement d'une nouvelle doctrine. Il faut avoir médité sur les causes et les conséquences des grandes erreurs de lîrnmanité pour se faire une idée des aveuglements et des emballements dont sont susceptibles les pau\'res humains. Heureusement les fanatiques passent. l'humanité reste. Il en sera des soci:i1istes doctrinaires comïnc il en a été des médecins doctrin:iir-:s. humoristes et solidistes. animistes et organicistes. Nos pères ont de_jà \'LI défiler le saint-simonisme, le fouriérisme. le mutuellisme. le communisme. le collectivisme: nous sommes encore en pleine suprématie des doctrines des Lassalle, des Marx: mais toutes ces théories semt,Icnt déjà vieillies. après avoir é\·eillé la conscience sociale jusque da1~:. les bas-fonds de la société, elles ne peuYent plus suffire à rassasier les appétits qu'elles ont excités. On a beau chercher à les rajeunir p:u le nom de quelque personnalité bruyante, tout le monde commence à en sentir le défaut originel et le caractère abstrait. Elles ne concordent plus avec l'esprit nouveau, avec l'esprit scientifique qui nous pénètre et nous el1\·ahit peu à peu, nous apportant enfin l'idée si simple et :,i féconde de nous inspirer des faits au lieu de vouloir les diriger. de \·oir et de juger d'après les résultats et non d'après les principes. " Prenons garde de faire du socialisme comme certains médecins qui s'imaginent faire de la médecine parce qu'ils font beaucoup d'ordo1~- nances. N'imitons point la réclame des charlatans et préser\'ons-nou::i d-.! boniments naïfs ou intéressés. Rappelons-nous la belle remarque: d.:s
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