La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

DE LA NATURE ET DU CARACTl:IŒ ORGANIQUE 01:S LOIS SOCIALES l Ï 3 gramies sociétés organisées. parce qu'elles se font a\'eC la régularité des fonctions organisées, adaptées antérieurement. C'est. du re:=.te,un phénomène analogue à celui qui s·cst produit dans !"étude de la biologie : les sa\'ants ont commencé par ne \'Oir que les grande:- fonctions et ont d'abord méconnu l'unité du phénomène de la \'italité que nous a\'ons \'LI se réduire. en dernière analyse, à !"idée que nou-- pou\'ons nous faire du fait_,·ital. par excellence, la nutrition. ;'Je nous étonnons donc p(:)int si les mêmes errements se reproduisent au sujet de la vie sociale. L'habitude de tout rapporter à !"homme. la croyance première que la vie sociale était spéciale à l'homme, l'anthropomorphisme que nous retrou\"ons dans toutes les conceptions anciennes de l'humanité suffisent largement pour nous expliquer ce qui nous semble aujourd'hui grossièrement erroné. Tant que nous ne serons pas arri\'és à nous pénétrer de !"esprit scientifiqüe. seul capable de ,·oir 1es choses telles qu'elles se déterminent en nous. nous continuerons à nous faire illusion sur nos idées et nos conceptions. nous serons les jouets de no:- préjugés que nous appelons modestement nos pré\'isions. Quand nous ,·oyons un grand nombre de sa\'ants rester rebelles au ,·éritable sen:,, scientifique et se montrer incapables de modrler leur conception de:=. choses en conformité avec ce quïls observent, constatent et enseignent tous les jours, comment pourrions-nous espérer que nos générations. si notoirement ignorantes des choses de la ,·ie. puissent arriver à comprendre la portée et la signification des enseignements de la science sociale qui commence à peine à réunir les jalons qu'elle :i plantés dan:- tous les coins de l'humanité? Quand nous parlons de la \'ie, de la maladie ou de la mort d'un animal supérieur, nous ne pensons généralement pas beaucoup au phénomène moléculaire qui en est le poi1:it de départ, le siège et la -::au:,,e.nous ne ,·oyons que les grandes fonctionsde nutrition. de circulation ou de respiration. 1ous ne faisons attention qu·au symptôme. qu'à la cessation des mou\'ements du cœur ou de la respiration: nou~ faisons de même dans nos appréciations de la \'ic sociale. nous n·attachons dïmportance qu·aux manifestations d"ordrc général. négligeant \"Oontiers l'homme en particulier, qui est œpendant le nai point de départ de toutes ces irradiations et répercussions qui constituent le:,, phénomènes sociaux. C'est au point que nous pouvons dire qu'il ne se produit aucun fait dans \'é\'o\ution d"une société humaine sans quïl ne soit possible d'en retrou\'er la sourœ dans un fait individuel. Seulement les correspondances et corrélations de ces faits sont tellement bien fixées par l'adaptation et par l'organisation que nous ne pensons même plus à les remarquer. tellement nous les considérons implicitement comme" naturelles"· Ce n'est que lorsque la nécessité de l'analyse ou de la réflexion nous oblige à chercher à nous expliquer ce fait primordial de la socialité que nous finissons par comprendre

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