La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

DE LA NATURE ET DU CARACTERE ORGANl(l..UE Dl,S !.OIS SOCIALl:S 161 Ouides circulants viennent s'aérer, ne peut se former qu'à la condition que la perte qu'elle fait de la faculté de se fournir elle-même de maté·- riaux pour sa restauration et sa croissance. soit compensée p:ir la foïmation qui les lui apporte. Il en est de même dans une société. Ce que nous appelons d'un nom qui convient parfaitement, l'organisation d'une société, suppose des rapports nécessaires du même genre. Tant qu·elle est à l'état rudimentaire. tout le monde y est guerrier. tout le monde y est chasseur, tout le monde y est constructeur de huttes. tout le monde fabricant d'outils : cha'que membre de la société se suffit à luimême. Le progrès qui amène la société à la période des armées permanentes ne peut se faire sans qu'il s'établisse des arrangements pour fournir à cette armée des aliments, des Yètements, des munitions de guerre que le rC'ste de la société a produits. Si. sur un point. la population s'occupe uniquement d'agriculture et sur ,un autre de mines; si les uns fabriquent des articles de consommation. tandis que les autres les distribuent. ce doit être à la condition que. en échange d'un genre spécial de service rendu par chaque membre à chaque membre. chacun donne ses sen·ices en proportion convenable. ,1 La division du traYail. dont les économistes ont fait les premiers un phénomène social de premier ordre. et que les biologistes ont reconnue ensuite pour les phénomènes des corps vivants. en la nommant division physiologique dL1travail. est le fait qui constitue la société. comme l'animal. à l'état de corps vivant. Je ne saurais trop insister sur ce point, qu'en ce qui concerne ce caractère fondamental, il _y a entre un organisme social et un organisme individuel une analogie parfaite. Chez un animal. l'arrêt des fonctions pulmonaires met promptement fin aux mouvements du cœur; si l'estomac cesse absolument de faire son office, toutes les autres parties cessent bientôt d'agir; la paralysie qui frappe le membre condamne tout le corps à mort faute de nourriture ou en ne lui permettant plus d'échapper au danger; la perte des yeux, ces organes si petits. pri,·e le reste du corps d'un service essentiel à leur conservation; tous ces rapports ne nous permettent pas de douter que la dépendance mutuelle des parties ne soit un caractère essentiel. Dans une société nous voyons que les métallurgistes s'arrêtent quand les mineurs ne leur fournissent plus de matière première: que les fabricants de vêtements ne· peuvent effectuer leur travail lorsque les fabricants de filés et de. tissus manquent; que la société manufacturière s'arrête, à moins que les sociétés productrices ou distributrices d'aliments ne fonctionnent; que les pouvoirs directeurs. gouvernement, bureaux. officiers judiciaires. police. ne peuvent plu:- maintenir l'ordre: quand les objets nécesssaires à la vie ne leur sont plus fournis par les parties maintenues dans l'ordre nous sommes obligés de dire que les parties d'une société sont unies par un r_apport de dépendance aussi rigoureux que celui des parties d'un corps vivant. 11

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