La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

L'UTOPIE DANS L 0 HISTOIIŒ 149 réfo.rme ou plutèt continuèrent la Ré\'olution commencée par MarcAurèle et Avidius Cassius. III TRIOMPHE DE LA RÉVOLUTION UCHRONIENNE Renouvier, nous l'avons déjà indiqué est, avant tout (ce qui ne l'empêche pas de ·connaitre fort bien le socialisme) (, ). un philosophe moraliste, ainsi que le prouvent son monumental Essai de critiq11c gé11éralc, sa Science de ln 111cr.1lc et les deux revues quïl publia successivement pendant plus de vingt années: Ln Critique religiwse, ln Critique pbi!osopbiq11c (2). avec la collaboration de son éclairé et fidèle collaborateur M. A. Pillon. Cela explique pourquoi l' Ucbro11ic déborde de dissertations religieuses et philosophiques qui ne semblent pas faites pour notre époque si troublée. si active et si militante. Nous n'avons pas sui\·i l'ém[nent criticiste dans les labyrinthes de la métaphysique. mais nous défigurerions son œuvre. si nous ne donnions une idée de la réforme religieuse qu'il suppose accomplie. D'après lui donc lorsque Pertinax et Clodius Cassius eurent remis les choses en l'état et que la. Révolution uchronienne, inaugurée par Marc-Aurèle et Avidius Cassius, eut reprit son cours', les deux nouveaux èmpereurs s'attaquèrent vigoureusement au paganisme vulgaire, à la corruption régnante, son ulcère. en mème temps qu'au sectarisme antisocial des chrétiens. Dans ce but, ils donnèrent à la noble morale stoïcienne. des pré- (1) De 1848 à 1851, il fut parmi les jeunes adeptes de la démocratie so..:ialistc. En 18:,0. il dirigea, avec Ch. Fauvety Charrassin, Benoit, du Rhone, Deburly, la R,ji11bliq11l' Ca11l011,1I,·, projet remarquable de réforme politique et sociale, patronné par la Montagne et qui allait influer considérablement sur les élections si impatiemment attendues de 1852. Mais les bandits de l'Elysée veillaient. et, ::tu lieu d'élection, on eut l'incxpiabl..: crime du Deux-Décembre. La R,:p11bliq11,·Ca1J/011<1I,·, elle aussi. fut emportée dans le torrent boueux et ~anglant de la réaction bonapartiste. (2) Cet écart absolu. ce nihilisme chétien que les anarchistes de nos jours n'ont mèrne pas égalé. et qui se traduisit, après le triomphe, par l'atterrement de tous les temples, l'incendie de la bibliothèqu~ d'Alexandrie et la pulvérisation de toutes les manifestations de l'art antique; cette h::tine sauvage que !'Apocalypse a traduite en traits de flammes. devait susciter chez les meilleurs de l'antiquité, qui se sentaient menacés dans leur foi, leurs arts, leur liberté et leurs biens, les sentiments qu·exprimé ici le bon et doux Marc-Aurèle. Mais en y regardant •du haut de la philosophie de l'histoire, on peut se demander si ce négativisme ultra-révolutionnaire n'était pas quelque peu nécessaire pour purifier l'atmosphère de la vapeur d'orgie et è.e sang d'immondes débauches et de cruautés sans nom qui :ivait empoisonné la société ::intique. Une Némésis parcourt l'histoire. a dit un célebre tribun français, et il y a des expiations inévitables.

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