La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

q8 LA REVUE SOCIAI.ISTE celle des cscla\'es eux-mêmes. E!Torccz-\·ous de les en rendre dignes. L'esclavage, averti de ses droits, sera la ruine de la République. ou la République abolira l'esclavage. ,, Et les chrétiens aussi las nous perdront, si vous ne perdez le christianisme. " Ecoutez ces prophéties de malheur dont ils font retentir leurs cavernes, et qui, déjà, se glissent dans les livres et s'étalent au grand jour. Ils ont fait leur propriété des obscurités sybilliennes et, ne les trouvant pas encore noires à leur gré, ils prêtent aux mêmes autorités des oracles de leur invention, pour se donner le lâche plaisir de nous certifier les calamités qu'ils nous souhaitent. Rien n'approche de lrt haine atroce et des cris de vengeance dont ils poursui\'ent nos cités, notre commerce, nos richesses. Comme les Juifs avant Yespasianus, comme les Druides. qui, eux aussi. prophétisèrent un moment la conquête religieuse de l'Italie par les rites sanglants d'un sacerdoce fanatique. nos chrétiens se promettent de célébrer un jour leurs sacrifices sur les ruines de tout ce qui fait notre gloire. S'ils l'emportent jamais, sachons qu'il faut renoncer à tout ce qui est digne d'attacher l'homme à la \·ie: aux plaisirs nobles, à la vertu désintéressée, à la liberté que nous possédons, à l'espoir de la répandre dans le monde. Ils ne nous affranchiront pas pour cela, quoi qu'ils en disent de ce culte réel des voluptés. que l'homme peut bien dissimuler, qu'il salit en le cachant. mais auquel sa nature ne lui permet pas d'échapper. Leur prédilection affectée pour la souffrance, leur attachement de doctrine aux conditions misérables et basses dont ils font des gages de salut mystique, leur dédain de tout ce qui est beau, la condamnation dont ils frappent nos penchants, nos joies et jusqu'à notre être, qu'ils disent corrompu, voueront à l'esclavage, à l'ignorance et au règne fatal des plus bas appétits, cette misérable terre tristement consolée par l'assurance de sa ftn prochaine. » Tel fut le testament uchronien de Marc-Aurèle. 11 l'expédia à ses dignes successeurs et il s'ouvrit les voies· du grand repos. Le lendemain on le trouva percé de son épée avec /' Eucbiridio11 d'Epicthète déroulé près de lui. Maïs l'héroïque résolution eut d'abord des conséquences terribles. On le déclara assassiné, son testament fut tenu pour supposé par le Sénat et Cassius fut assassiné pendant que l'indigne Commode était appelé à succéder au dernier des Antonins. Au moins ne fut-ce pas possible pour longtemps. La sanguinaire domination du fils de Faustina amena bient6t dans les esprits une idée plus exacte des choses et une nouvelle révolution: Les légions se soulevèrent de nouveau ; Pertinax et Clodius Cassius ( 1) reprirent la grande ( 1) Il est f:î.cheux qu'un anachronisme d'un siecle ait empêché d'adjoindre à Pertinax, au lieu d'un Clodius Cassius apocryphe, le nom du grand empereur Probus, bien digne de figurer dans la série des Antoniu~.

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