L'UTOPIE DANS L'HISTOIRE 143 "Sans doute, la Société antique a bien à faire pour l'amour et pour la bonté; mais si elle oublie la justice, si elle substitue au droit appuyé sur la force le sacrifice qui en est l'abandon, elle tombera d'autant plus bas qu'elle aura voulu se grandir jusqu'aux vertus célestes étrangères à la condition pratique de l'homme. Elle présentait aux espaces éthérés le sublime spectacle de la lutte des ùmes libres; elle ne leur offrira plus que le triste tableau de quelques àmes saintes, en prière au rnilie.u d'une bataille de brigands. Ca•1y1111t pbilosopbi .' ,, lmbu jusqu·au fond de l'àmede ces princip~s et tout à lïntrospection de lui-mème, ne se trouvant jamais assez pur ni as~ez ben, MarcAurèle, en négligeant ses dernirs d'empereur, ( 1) n'était pas plus fidèle à ses devoirs familiaux; il laissa grandir dans tous les vi..:es, à côté de lui, son fils Commode, qui promettait un digne successeur à Domitianus, le dernier des Césars. Dans sa tendresse d\:poux. il éleva de ridicules autels à sa Faustina, ..:ent fois adult~re, et dans sa tendresse de père. il fut infidèle à la politique des adoptions. inaugurée par Nerva, continuée par Hadrien et livra l'Empire à un monstre porphyrogénète. Enfin. il ne tint pas à lui que les chr•~tiens, qui faisaient des miracles dans ses armées, et lui en attribuaient la connaissance ne le considérassent comme un des leurs, lui qui. polythéiste d'éducation et d'instinct. ne comprenait pas ce qu'il appelait une opiniàtreté pure, leur obstination à uf11scr /'ma11s ,111xDieux d11 gc11rcb1111ia:'11. Pendant que le doux et bon Marc-Aurèle préparait ainsi le malheur de l'Occident. par son manque d'esprit de justice et son excessif esprit de famille. un général républicain, bon. éclairé et juste. commandant en Egypte et en Syrie. A,·idius Cassius. un descendant des meurtriers de César, rè\'ait !a résurrection de la grande République et la r~génùation <le la gr:rnde patrie occidentale. Pendant la campagne de Pannonie, le bruit de la mort de MarcAurèle ayant couru. Cassius visa ou,·ertement à l'empire, dans ce noble but, et soule\'a ses l~gions. le tendaif it son 111:irei n lui disant p,:/œ 11011 dol,·!: <, Pétœus, cela ne fait p:is de nul. '> Q.11i n'admirer:iit Epi.:h:iri,, cette jeune et belle athénienne. Compromise: dans une conjuration (Ontr.::Néron et soumise aux plus atroces tortures, pour ne pas laisser éch:tpper quelques p:irole imprudente, elle se coupa la langue :ivec les dents et la jeta ·par l:tmheaux avec une forœ d';ime incroyable. ( 1) Un parallèle entre Marc-Aurèle et Saint Louis ser:iit fort intéressant, le roi chrétien n'approche p:is de l'infinie bonté de l'empereur païen; 111:iisil a d'autres avantages. Q.110iqueenfermé clans les étaux d'une religion autrement étroite et intolér:inte que le vaste et doux p:inthéïsme de Marc-Aurèle, Louis IX sut être laïque et habile politique à ses heures; les croisades dépar~rent son règne, elles emportèrent la plupart des avantages dont il avait doté la France; il n'en est pas moins de un nos plus grands rois.
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