LA REVUE SOCIAI.ISTE Mais bicntot. la grave nouvelle relative à Marc-Aurèle fut reconnue fausse, et Cassius se trouva à l'état de révolte. C'est alors que suivant l'iwteur de l' Ucbro11ic, il écrivit à Marc-Aurèle, l'épitre virile dont voici les principaux passages : ,, Je n'ai cessé. y dit Cassius, de blàmer la mollesse d'un gouvernement que ses maitres et ses flatteurs nomment la Philosophie sur le trone. et que j'appelle. moi un lâche abandon de la volonté au cours des choses. Tu es satisfait si, interposant ta douceur de tempérament dans le cours de la décadence des choses romaines, tu parviens à glisser un intervalle d'oubli et de sommeil entre les tyrans que nous eûmes et ceux que nous aurons, entre la barbarie jusqu'alors vaincue, grâce à quelques restes du sang et des traditions de nos ancêtres, et la barbarie bientôt \'ictorieuse de leurs fils dégénérés. Je te prédis et tu te prédis à toi-même, sans avoir consulté l'oracle d'Amrnon, la ruine de l'Empire. amenée fatalement par des causes que personne n'ignore: extinction du plébécien, usurpation du soldat, fanatisme du sectaire qui prête le serment d'Annibal dans les catacombes ! >' "Nous disons : fatalement! mais cette fatalité, c'est l'égoïsme d'un ücta\'e, la misanthropie tf un Tibère, la folie d'un Néron, la bassesse d'un Vespasien, c·est aujourd'hui le franc arbitre d'un Marc-Aurèle, qui s'ignore lui-mème; ce sera demain la scélératesse d'un Commode. dont on sait les ignobles instincts. les passions atroces, et qu'on élève précieusement pOLtrcette tyrannie que l'on hait. Et tu crois faire ton de\'oir peut-être! Encore si tu adoptais un homme! comme lit le di\'in Ncn·a; il ne tient qu'à toi; mais non tu nous promets ce lils. ce malfaisant animal, dont tout J'empire, excepté toi, connait le père Gladiateur. et auquel nè devrait pas mème t'attacher cette passion animale de la prog-éniture. que ta philosophie ne saurait avouer. Tu l'habilles de pourpre, et tu le fais sermonner dans tes palais par des philosophes dont il se moque. Et nous bientôt nous obéirons aux caprices du vil produit d'un caprice de Faustina. Tel~ sont no; griefs et nos dangers. " Médite-les comme je les médite. » Cassius montre ensuite à Marc-Aurèle combien est fausse sa théorie de la passivité que d'ailleurs lui-même il n'observe pas en tout. puisqu'il guerroie et fait guerroyer contre les Barbares. C'est aussi dans l'intérieur de l'empire, contre les abominations de l'escla- ,·age, contre la rapacité des riches, contre les iniquités de l'administration romaine. contre l'in\'asion chrétienne qu'il faut guerroyer. Ayant ainsi montré le de\'oir, Cassius conclut par ces lignes qui honorent autant celui qui devait les recevoir que celui qui les écrivait: Mon ambition unique est de te succéder. La tienne devrait ètre de m'adopter. Voici le gage que je demande : répudie ta femme et ton ftls accorde-moi une entrevue; tu m'adopteras quand je t'aurai communiqué les réformes que ma pensée a mûries pour la République. Et
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