La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA RE\'LJE SOCI.\LISTE Au reste, cette h:ndancc n'était pas personnelle ~1 Marc-Aurèle. Le stoicisrne subissait depuis un siècle, depuis la perte et l'oubli de la liberté, depuis l'empire donné à des monstres une transformation analon1c à celle des doctrines reli!,l,"ieuses.Zénon et ses disciples ont ,, ~ composé des traités de la République, les stoïciens romains se sont montrés les citoyens les plus actifs; maintenant c'est Id résignation que l'on enseigne. la patience. l'obéissance à tous les pouvoirs de fait. Autrdois. la justice et la force, unies par la liberté. formaient l'idfal de la perfection humaine. Aujourd'hui l'égalité d'àme du sage et l'amour du genre humain tendent à le remplacer. Antonin donne au tribun de service. la dernière nuit de sa ,·ie, ce mot d'ordre : œq11a111111it,1s; Marc Aurdc élè\'e ù Rome un temple à la Ba11té (1). n:iturc commune, :ivcc si111plicité. :ivcc 1110Llt:!stise:,111sombre de dissimulation. Répde-toi souvent: - Je fai, partie d.:: la sociétJ hum:iine, c'.::st qu.:: tu n'as t:!ncorede pbisir :1faire du h1e11:iux hommes comm.:: à tes parents et i1 tes fr~- res; tu ne leur en fais pas par hicnséanœ, tu ne fy porit!s p:is encore com111e:1 ton propre bien. Ch:irnn doit faire comme le pied et la main qui, s'ils étaient doué, de raison et qu'ils comprissc:nt b constitution de la 11:iturene se remucraicnt j:imais sans tenir compk dc l'utilité du corps tout entier. Ton bit:!11se confond :ivt:!cle bien de: tous. Cc qui n'est p::.;;utile :1 I't:!ss:ii111n·cst p:is 11011 plus uti.le :1l'abeille. li faut .:,rc: branché! du llll:mt:!arbre tout t:!11ay:int (11:icun ,:; pen~ee. « ~1e tous les pl:tisirs et les délasst:!ments soient de passer d'une ac.:tio11 soci:ilc ;1une autrc de 1111:mcn.1tur-:. <, Qu'un autre soit plu, fort que toi :11:t lutte, mais qu'il ne soit pas plus sociable, plus mo,lcst.:, plus d:,posé :iux :1.:cidcntsde la vie, plus indulgent aux fautes du prochain. <, Cest le propre d'un h0:11111ed'aimer ceux-mèmcs qui l'offensent. <, Tu les aimt!r:is si tu vic1b :1penser que tu es leur p:1rent, que .;'est par gnorance d n1:1lgré eux quïh !ont des fautes, que d;ins peu vous mourrez tous c; surtout qu·on 11c t'a l')int f:1it dc mal puisqu'on n·a p:is rendu ton :\me de pir..: condition qu'clk n'et:1it aup:ir:iv:rnt. Nous trav;iillons tous :1 l'al·.:omplissement du m.:me ouvrage; quelquesuns :l\'CC connaissance et i11k!li~c111.:cl,t.:s:iutres sans réflexion. Hùaclite :i dit si je 11..: me trompe que ccux-1:i 1111:mcqsui dorment sont dt!s ouvriers qui contribuent de quelque cho,,~ :1ce qui se f:iit dans le monde. L'un y contribue d'une fa,·011,l'autre d'une :iutrt:! : M0mc celui qui murmure contre les accidcnh. de 1:i vie, qui se r:iidit contre k courant général dcs choses pour l'::irrètcr. s'il ét:i.it pos~iblc, y contribut! cn:orc plus. car le monde avait besoin d'un tel ouvrier. « Personne ne s~ bs,c de reccvoi r du bien. Or, c'est se faire du bien t;uc de fairè des :ictions conforme~ :1 b n:iture. Ne te lasse donc pas de faire du biel'I aux :1utres, puisque par fa tu t'en fais :1 toi-mème. MARC-AURÎ LE : P.•11,,:,.,. ( 1) Un siecle et m(mc encore un dcm i siede pl us tôt les stoïciens :ivaien t d ':1utres allures :iux temps de la plus grande infamie cés:irienne cornmencéc par Tibere, les Caligula, les Néron ... (j'omets à dessein Claude qui fut, comme l'on dit, plus bo:tcque méchant), ..:·est p:irmi eux surtout que malgré la perspective des plus horribles supplices, on trouvait les meurtriers des tyrans et les vengeurs dc b liberté publique. Tacite à cdébré leur héroïsme que les femmes mêmes partagèrent. La Pauline de Sénèque, encourageait son mari :1 la mort volontaire et le suivit. La femme de Pétœus, se frappait la premie··c du poignard libérateur et

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