La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE On doil aussi lui reprocher d'avoir interdit toute réunion politique· entre les citoyens, quand il aurait dù encourager ces commencements de renaissance libertaire. Avec cela, ajoute Renouvier, soit faiblesse de sa part, soit attachement condamnable à la coutume, cet homme, si puissant. toléra les actes atroces de la superstition populaire excitée par les calamités physiques: trois Vestales, deux Grecs et deux Gaulois, hommes et femmes, chaque matin. furent impitoyablement enterrés vi\·ants, en vertu des lines sybillins dont on ïiait depuis trois siècles. Il est égalemenkoupable d'avoir donné un nouvel éclat aux cirques, et dans quelles proportions! En un seul jour, il livra dix mille Daces aux cruels amusements du peuple romain. D'autre part, il laissa Pline le jeune accomplir d'utiles réformes et il fut relatiHment doux a11xchrétiens, c'est sans doute ce qui lui a valu toutes les complaisances de l'histoire. Au moins resta-t-il dans la tradition de Nerva, en choisissant Hadrien pour son successeur. Hadrien, empereur de génie et grand homme méconnu, ramena l'empire à ses justes proportions, décréta la coordination des Edits des prêteurs en les améliorant. " Ici le Grec redeYient Romain, appréciant à toute sa Yaleur le traYa1l que les jurisconsultes avaient poursui\·i à travers les siècles, afin de déterminer les bases rationnelles du droit. et de créer, comme ib dis:1ient si bien, la 1\1iso11écrite, il donna à la jurisprudence acquise et constante. la force et l'unité de la loi. Cette seule institution morale, le droit; la déclaration et la pratique publiques, régulières et philosophiques du juste dans l'ordre social, suffisaient , même sans liberté, pour caractJriser la civilisation en face de ces religions arbitraires et passionn~es. règle unique des mœurs en Orient. Mais la liberté était nécessaire pour garantir la durée et le développement normal des principes du droit. Au reste, Hadrien fut loin de regarder la loi comme immuable. Son humanité en constata le progrès, quand il i·endit les esclaves justiciables des tribunaux au détriment de l'autorité des maitres. qui cessa Lfètre absolue, et, quand il les protégea, nonseulement contre l'anci2n pouYoir de vie et de mort, mais encore contre l'usage plus ordinaire de les élever et de les vendre pour la prostitution et les spectacles. On peut juger, par là, de l'esprit des jurisconsultes philosophes qui formaient le conseil de l'empereur. Sous Titus Antoninus, une sanction pénale fut ajoutée à la défense intimée aux maitres; ceux-ci se \·irent mème privés de leur droit de propriété dans les cas d'abus, et les esclaves, alors nombreux, qui étaient affranchis sous certaines conditions à remplir dans l'avenir, furent assimilés à des hommes libres quant au traitement de leurs personnes. ,, En même temps. la condition des femmes s'améliora beaucoup: leurs droits de succession s'étendirent et leurs époux perdirent le droit

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