La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

L1 UTül'IE DANS L 0 IIISTOl~r: de les accuser d' ad uItère, lorsque leur propre cond uil~ les rendait ind i- ~nes de 1·exercer. Hadrien resta dans la belle tradition en choisissant pour successeur Titus Antoninus (1) qui, après aYoir traversé les grandes magistratures romaines, aYait gouverné sous lui l'une des préfectures de l'Italie. Il suivit donc l'exemple de Nerva. et, de plus, il exigea qu'Antoninus adoptàt, à son tour, Lucius Verus (un incapable qui disparait) et Marc Au_rèlè. C'était, autant que possible, assurer la transmission de l'emprre et contre les affections du seing, et contre les ca-ndidatures militaires. Antoninus, comparable à Trajanu pour la vertu, si ce n'est à Hadrien pour le génie, continua fidèlement la politique d-: cc dernier et dut même la faire prévaloir contre le Sénat, qui, irrité de quelques actes d'oppression de la fin du règne, se refusait à la formalité de l'apothéose. Le caractère démocratique d-e la dignité impériale fut marqué par le titre de tribun, que le prince affect.:: de préférence~, tout autre; mais les actes ne r~pondirent pas à ce que les circonstances et le temps qui pressait auraient exigé d'un empereur clairvoyant et résolu. li est vrai que la juri sprudencc romaine se montra floriss:rnte et active: l'administration eut ses progrès nonobstant les guerres qui éclatèrent aux diverses frontières. Ce n'dait point assez. La condition de la propriété, celle des pop.ulations \'Ouées au travail restaient les mêmes en Italie et dans les pro\·inces Yoisines. L'instruction publique n·avait ni \'organisation ni la diffusion nécess:'\Îre pour résister à l'en- (1) Il entre bcaucoupde hasard et bcalll:oup d'injustice dans les jugemwt~ de la poslJ1itd. L'incomparable Julien dont Mont..:squieu a dit qu'il fut « Iï10mmc le plus digne de gouverner les hommes » est n~tri clu titre d'.1po~- taf, tandis que le plus nue! vainqueur qui ait d~solJ l'Hum:init~, le monstn: qui fit massacrer toul un peuple, et qui. n'ayant régné que dix-sept mois, n'eut pas le temps d'Jtre atteint de la folie césarienne, re~·ut le surnom de D,:hr,·, d II g.:11 rc b11111i,11. Il fut aimé des dieux, il mourut jeune. Si NJron était mort après ept :rn,- dc règne, il aurait lais,é une md111oire ador~e. il n'av:iit cnrnrc commis aucurn: :itrocité et jamais on ne s'était tant ocwpé du peuple qu'il n'avait fait sur les conseils de deux maitres admirables Sénèque et Burrhus. Pour revenir :1Titus. le fameux mot: }',ri p,rd11111.1 jo11n1<:t, qu'on nous Sl'rt souvent, signifiait simplement: Je n'ai dépouilk :iurnn honn0te citoyen pour cnrid1ir un de me~ courtisans. Hadrien, plus prJoccupJ de réformer l'empire que de r~jouirscs courtis:ins, et :\ qui les chrétiens avaient vouJ u1ie haine implac:iblc 1\1t, comme hom111c privé. atrocement calo11111ié.On al_b jusqu'à l'accuser d'avoir fait égorgeT son ami de prédilcdion, Antinoüs, pour interroger supcrstiticu~cment son cadavre. Renouvier s'élève rnntrc ..:ette calomnie, et, apri:s avoir établi qu'Antinoü,; se noya accidentellement dans le Nil, il ajoute: Ceux qui rapportent sérieusement cette fable inf me, de biographe en biographe. sont bien les digne,; descendants des hommes qui supprimèrent. :1utrefois, et cette vie d'Hadrien, et celle de Marc-Aurèle, et la guerre de Judée de Tacite, et le Digours 1•érifabf,, de Celse, et les écrits des hérétiques, enfin tout ce qui pouvait nous faire connaitre l'esprit de l'antiquité philosophique pend:rnt s:i lutte avec le christi:.tnismc.

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