La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE néant mème (1). Un excès est combattu par l'excès contraire, comme de coutume, et les hommes partagés entre la fièvre de l'existence mondaine, délire de grandeurs et de crimes, et l'hallucination de leurs craintes ou de leurs espérances pour une existence future Yivent dans l'ignorance de la Yertu, et en quelque sorte, vont sortir du rêve et de la folie. " (2) Il fallait donc trouver autre chose que le christianisme et Dion Chrysostome avait mis en avant la formule : Liberté, Travail. }11sticc. En effet les·causes de l'anti-morale étaient surtout sociales: sans doute la corruption provenait d'une grande part de l'incrédulité des choses éclairées et de l'insuffisance du polythéisme officiel; mais plus encore elle provenait des causes suivantes : 1 ° L'enrichissement excessif de quelques familles, l'oisiYeté qui en résulte, un violent ennui, le besoin croissant d'épuiser la vie: tourment de ceux dont la sensation est le seul but. 2° L'exercice des grands commandements civils et surtout militaires, et le mépris des chefs pour des troupeaux d'hommes que l'ignorance et les passions brutales rendent les jouets de quelques esprits plus subtils. 3° L'agrandissement de i'escla\·age étendu à des masses entièrès et appliqué à d'immenses exploitations, tandis que, primitivement, il n·avait que le caractère d"une institution domestique. 4° L'habitude de ,·erser le sang, et. de plus en plus, de le Yerser en grand, c'est-à-dire sans passions, le développement continu durant la paix, des mœurs féroces contractées pendant la guerre. 5° Enfin, la propagation du dogme de l'adoration de la force et du succès. (1) Non seulement il (le christianisme) faisait régner clans les esprits la pensée de Dieu et du salut sur les ruines de tout ce qui intéresse l'homme ici-bers, mais encore il :rnnonçait la fin prochaine. et très proch:iine du monde à ce point de conseiller :1 chacun de garder son état, quel qu'il fùt. libre. esclave, marié, célibataire (sur le toit de sa maison ou dans son champ.comme dit la parabole) afin de s'éviter le risque et les soins d'un changement dont il pouvait à peine se promettre le temps. Et l'exaltation des nouveaux croyants était telle, ils avaient une vue si lucide de l'avenir promis, que souvent, au milieu des douleurs, ils tombaient dans l'inse1Ysibilité par l'effet d'une exta,e contemplative des félicit~s futures. (Renouvier.) (2) D'après la violence de cette critique, on pourrait supposer que le savant directeur de la Criliq11.: râigi(Usi: est de ceux pour qui le christianisme est l'auteur de tous les crimes qui ont désolé le monde depuis dix-huit cents ans, li n'en est rien. Ch. Re!10uvier, descendant d'une famille huguenote, est surtout anticatholique; par tradition, il semble même avoir conservé un vif ressentiment de la révocation de l'édit de Nantes (ce crime inexpiable et irréparable de Louis XIV) et des horreurs qui suivirent. De là sa sévérité contre las destructions catholiques des premiers siccles. Mais il est si peu antichrétien, qu'après l'écrasement de la Commune de Paris, il proposa, comme moyen de cgénération nationale, h profesfo11tisatio11 de la France.

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