L'UTOPIE DANS L'HISTOIRE Les plans ne manquent pas. Comment n'en serait-il pas ainsi? Tout est si mal agencé dans ce monde de l'ignorance et de la misère, que la protestation est générale, et la lutte, partout égoïste chez les inférieurs, altruiste chez les meilleurs. Ceux-là regardant de plus haut, voient que le salut est collectif et ils rèvent d'une humanité ayant conscience de tous ses de\·oirs planétaires réalisant une heureuse fraternité entre tous ses membres et étendant sa pitié à tout ce qui a vie. Dans une série plus particulière, viennent ensuite les prolétaires conscients qui, souffrant de la' mauvaise organisation sociale actuelle. ne trouvent pas que l'analyse des phénomènes économiques, si savante qu'elle puisse ètre, puisse les satisfaire. lis demandent comment on pourrait modifier ces phénomènes de façon à ce que la destinée des victimes de l'àpre système capitaliste soit rapidement et radicalement améliorée. Eux aussi ont leur concept d'un état social meilleur et ils en font le but de leur activité politique. D'autres disent avec J. S. Mill que l'étude de l'économie politique serait vaine si elle n'offrait quelques perspecti\'es de soulagement de la misère. D'autres nient que le temps des hypothèses soit passé, en avançant que le socialisme réaliste contemporain si puissamment analytique et si rarement rattaché à l'évolution mème des sociétés n'est peut-être pas l'alpha et l'oinega de la science sociale, au point de permettre un tracé mathématique de la succession des évènements. Les facteurs de l'organisme social sont effectivement si nombreux. si complexes, si changeants. par suite si obscurs et mêlés de tant d'éléments latents, que toujours l'avenir aura sa part d'imprévu, que tant que nous ne connaitrons pas la vérité absolue, l'insondable noumène des choses (et n'en sera-t-il pas toujours ainsi), (1) l'hypothèse sera la grande et utile chercheuse des lois à découvrir. D'où la conclusion qu'ils ieront toujours œuvre utile les esprits généreux qui montreront à leurs contemporains, aveuglés en lutte les uns contre les autres, des plans raisonnables de conciliation et de réal i~ation possible. d'épanouissement individuel, d'amélioration morale et sociale; en un mot. de félicité commune. Quelle que soit en effet la somme de leurs erreurs, ces prophè (1) Le savoir et l'entendëment ne peuvent être donnés ni par un coup t1·Etat ni par un coup d<::tète. La lenteur, l'incohérence du développement de lïntelligence historique nous irritent, nous oppriment; elles nous sont insupportables et beaucoup d'entre nous trahissent leur propre bon sens afin de paraitre plus avancer. Pour ma part, je tàche ck comprendre la marche de l'homme clans l<::passé et dans le présent, pour savoir con,ment marcher avec lui sans rester en arrière et sans aller trop en avant, car les hommes ne pouvaient pas me <.uivre. C'est fort bien dit. Herzen, De l'Autre Rivi:.
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