La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

132 LA REVUE SOCIALISTE Nous nous sommes, ajoutait-on, déprit de la vieille erreur qu'une société idéale peut ètre bâtie de toutes pièces sur les plans de la raison d nous savons que les sociétés ne se créent pas, ne se fondent pas, mais qu'elles surgissent lentement de la succession des faits, surtout des faits économiques: qu'en un mot, conformément à la loi universelle d'é\·olution clics deviw11wt, pour se réaliser dans leur plein fonctionnement à l'heure marquée par les circonstances, sur le cadran de l'histoire. C'était par trop fataliste ( 1) aussi ce qui devait arriver arriva. Pendant qu'étaient propagées presque sans contestation, ces saYantes démonstrations, justes sur beaucoup de points, l'utopisme ou recherche théorique du bonheur social prouvait sa surviYance, en se manifestant plus gaillardement que jamais. Le Seul de son siècle d'Edmond Bellamy, traduit dans les principales langues de l'Europe et qui s'est répandu à plus d\111 million d'exemplaires. éclatait comme un éYènement littéraire de première importance, et c'est depuis quelques ::innées comme une floraison d'uto· pies à enjolivements scientifiques. Parmi les plus connues : Nowi.'cllcsde 1111!p/c,1rt. par \Villiam Morrb: Lr, Citéf1tf11!'l'. par Alain le Drimeur: Da11sa11t a11s, par Charlès Riclid: C.l'bèlc.'v~rag<<-'Xfr,1ordi1wirdca11sl'm,1e11ir. par Jean Chambon: Mo11Utap.,·e. JXlr Ch. Sècrétan: Frcila11dci11SO{ialcsZ11k1111fibild. par le l)r Hertzka: Si ... a11dc so<·ialed'après-dc111ai11. par A. Chirac. combien Llz.utres lestement écrites et pleines de nies original.!s. Nous en traiterons en détails dans cette série d'études et dans la première partie du troisième volume du Socialis111ic11tègral. A côté de ces nouveaux plans de République sociale uniYerselk de nombreux projets d'organisation politique et économique nouvelle: tds Les scrvias p11b!i<·ds1111lsa scciété f11!11rc. par C~sar de Pœpe: Le Trm,,1,1dil,rns la soodéjitf11rc, par Ch. Kautzky: U11progra11111s1occial. par Tufferd: l'Et,?t sooalistc. par Fournière: Etudes Sl!rla Fra11ccco11tc111porail1!'. p:ir G. Renard: la Sociéfr collccth.:isfe. par Brissac, etc., etc. ( 1) Le dogme qu'il faut maintenir 11 tout prix, c'est que la r:iison ::t pour m1 sion de réformer la socidé d'après ses principes. Le veritable optimisme ne se conçoit qu'il cette condition. L'optimisme serait une erreur, si lï10111me n'était point perfoctible, s'il ne lui était donné cl':trnéliorer par l:i science l'ordre ét:ibli. La formule: tout est pour le mieux ne ser:.iit s:.in, cela qu'une amère dénsion. Oui, tout est pour le mieux, gr:ke :1 la raison hum::tine. capable de réformer des imperfections 11ù,·s~<1ù-t•s du premier établissement des choses. Disons plutôt: tout scr:i pour le mieux, quand l'homme, ayant accompli son œuvre kgitimc, aur:i rétabli l'h;nmonie dans le monde mor:il et se sera ::tssujetti le monde physique. ~1:int aux vieilles conceptions de la Providence. où le monde èst conçu comme fait une fois pour toutes, et devant rester tel qu'il est, où l'effort de l'homme contre l:i fatalité est considéré comme un sacrilege, e]le<; sont vaincues et dépassées. (Ernest Renan : l'Avmir di! la Science.)

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