La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

REVUE DES LIVRES 125 Idées et sentiments finissent par modifier ou influer l'évolution mentale et devenir des facteurs de l'évolution de la nature elle-mème, au lieu d'être de simples indices d'une évolution ayant lieu sans· eux par des causes exclusivement physiques. Même la conscience de l'évolution devient une des conditions de l'évolution, de l'universel << devenir », que les Anciens appelaient l'universel « désir». C'est ce que n'a pas vu Darwinn avec son principe (fondateur d'une morale égoïste) du combat universel pour la « préservation » de la vie individuelle. li y a aussi combat pour l'extension, pour la satisfaction de la vie, et des différen es associations d'idées impulsives, d'idées-forces, qui composent notre intellectualité; combat pour la satisfaction de ce « moi social », résultat du groupement de représentations, d'émotions et de désirs qui répond à notre vie sociale . ..... L'intelligence a deux pôles, puisqu'elle est orientée vers deux idées, celle du moi individuel, et celle du non-moi universel. La volonté, grâce à l'intelligence, prend nécessairement deux formes et deux directions, l'une de concentration sur le moi (intérêt), l'autre d'expansion vers le non-moi (désintéressement ou force prédominante de l'idée d'autrui). La substitution du toi au moi devient alors possible, puisque toute idée, comme telle (force parce qu'idée) est déjà une forme d'activité et de volonté, en même temps que d'intelligence. Un dernier pas d:111s la réflexion intérieure nous fait comprendre que la plus haute expression de notre moi et de sa spontanéité indépendante n'est pas l'égoïsme, mais l'amour universel d'autrui. Cet achèvement de la liberté, c'est-à-dire d'un déterminisme supérieur qui constitue la perfe~tion morale, est le supn!me désirable. 11 n'est donc pas étonnant que l'idée de liberté morale ou de perfection morale, ainsi entendue, soit un idéal cap:ible d'exercer un attrait sur l'être raisonnable. - Une intelligence qui conçoit l'univers ou l'identification volontaire de son individualité :ivec l'universel ne saurait demeurer indifférente à cette idée la plus haute en même temps la plus large. M. Fouillée ne croit pas à l'harmonie préétablie de Leibniz, mais à en devenir harmonique de l'univers, à l'universelle sympathie évolutive des choses. Et, du transport de cette conception de l'harmonie sympathique à la société humaine, où nul ne peut vivre sans sympathiser logiquement avec ses semblables selon les lois de l'action réciproque, au sein de toute société, c'est- /1-dire du déterminisme social, - résulte cette conséquence morale que la ré:1lisation du moi individuel finit par avoir pour condition intégr:inte celle dut vrai 111oisocial, c'est-à-die que la réalisation de mon vrai moi enveloppe celle d'autrui. La conscience de cette étroite solidarité qui relie l'individu ;1l'univers et plus particulièrement à l'humanité, - la pénétration· psychique de ce sentiment de solidarité deven:int élément et facteur réel de 1:1 volonté, - donnent naissance à une nouvelle idée-force, que les Socialistes appellent l'Idée-Force du Solidarisme social. ADRIEN WEBER.

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