124 LA REVUE SOCIALISTE Le Moi est pour ainsi dire un composé d'icléesLlevenu Un, et cela, non pas à la façon d'une mosaïque, mais d'un corps naturel, comme l'eau, parexemple, en laquelle on ne reconnaît plus l'oxygène et l'hydrogène formateurs. La conscience que nous avons de notre personnalité, de notre Moi est la preuve qu'il existe, puisqu'il agit. Tout est force clans la nature. Scion l'expression de Schopenhauer, tout est volonté de vivre. Immanent à tous les états de conscience, :i toutes les idées, et leur conférant leur caractère impulsif, le Vouloir ( synthèse de tous les éléments psychiques et physiques, conscients, subconscients et inconscients,) sera clone l'essence même du Moi, ce sublimé d'associations et de précipitations. de sensations, de mouvements sensorimoteurs, d'appétitions, de perceptions, de désirs et de pensées. La volonté est l'Idée-Force de la conscience incorporée, ou plutôt elle est cette conscience elle-même en action, ayant l'appétition de la prédominance et du gouvernement, et doué du désir de se libérer le plus possible du dehors, de vivre et d'agir par soi, c'est-à-dire avec les éléments propres dont elle est composée et sur lesquels elle réfléchit. Ces éléments sont les idées émanant elles-mêmes des sensations. Or les idées provoquent ce qu'on appelle le re'.our en soi, la concentration et la possession de ces forces. On rentre en soi-même, au lieu de se laisser pousser par le dehors et vers le dehors. En un mot on veut être libre, relativement bien entendu, car la liberté n'est p::is innée; elle devient. Cette velléité d'indépendance est la cause directe et finale de l'idée de liberté, de cette Idée-Force, la plus puissante de toutes, que M. Fouillée s'est complu à analyser avec une grande éloquence. C'est dans le déterminisme que M. Fouillée cherche et trouve la vraie liberté, qui est le pouvoir de se déterminer par des raisons supérieures, c'està-di re non mécan iq uemen t par le hasard, mais in tel lectuel lement par des jugements et sentiments préférés, en vue d'une fin également consciente. La liberté est la subjectivité par excellence, puisqu'elle est le Moi posant son indépendance en face du dehors, se prenant pour fin et agis_ant sous l'idée m2me de sa liberté. Par elle-même et par ses comitants cérébraux, l'idée de liberté provoque des effets répressifs et excitants, inhibiteurs et dynamogènes. L'étude de l'hypnose, reflux de la vie mentale à l'intérieur, et de la supéracuité cérébrale qui s'y rencontre, confir111e ces vues, et démontre la possibilité de l'action directe du Moi. Le fait même de la transmission de la pensée prouve que la pensée, produit naturel de la sélection évolutive de la nature, jouit d'une vie propre. - En l'hypnose se réalise dans sa plénitude le règne des idées-forces. Ainsi la doctrine de l'évolution et de la sélection naturelle, qui explique les diverses formes de la vie par le triage séculaire des combinaisons les plus capables de survivre, fait à la pensée, dernier terme du processus organique, sa place légitime dans le développement des choses, à plus forte raison dans la realisation progressive des idées. Au lieu de demeurer inactives, selon les hypotheses du pur idéalisme et du pur naturalisme, dans un monde de reflets et de fantômes, elles deviennent des formes supérieures de la vie et de la volonté.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==