La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

REVUE DES LIVRES 12 1 Le cadre de cet article bibliographique ne nous permet pas de dresser le catalogue des ressemblances et des dissemblables spécifiques de M. Fouillée avec chacun des philosophes de l'antiquité ou des temps modernes. L'essentiel est que, clans un espace restreint et autant que possible avec des phrases empruntées à l'auteur, nous donnions l'aperçu succinct de \a substantifique moelle que tout esprit curieux peut extraire des 800 pages de ces deux gros volumes. Tout d'aboi·d, qu'est-ce que la psychologie? C'est l'étude de la façon dont les phénomènes de l'univers parviennent à se sentir et même à se connaînaitre, c'est-à-dire à constituer une conscience possible, « une ind ivid ual isation au moins virtuelle. » La psychologie cherche comment, sous quelle forme, selon quelles lois a lieu cette élévation des choses au rang d'idées dans une conscience, avec le plaisir, la peine, l'effort qui en résultent. Le psychologue, venant après le physiologiste, étudie la formation en nous, des formes psychiques, leur origine expérimentale. leurs lois observables. Et, pour n'2border que la question qui domine la multiplicité de ces problèmes, d'où viennent la pensée et ses idées. Sont-ce des intuitions intellectuelles d'un monde intelligible, comme l'a dit Platon, ou des formes sans contenu à la manière de Kout, sortes d'ouvertures vides sur .un 111onde inconnaissable, - ou de passives résultantes du sensualisme- ou plutôt des forces actives de conservation et de progrès, ayant leur origine dans le désir, leur effet dernier dans le mouvement, conten~nt ainsi en soi des conditions de changement interne et externe qui en font de véritables facteurs? Cette dernière conception est celle de M. Fouillée, celle qui lui sert de fil conducteur à travers le dédale des problèmes physiologico-philosophiques. M. Fouillée se sépare à la fois et des spiritualistes qui veulent tout expliquer (ou plutôt ne rien expliquer) par des facultés hypothétiques, par des états simples de la conscience - et des matérialistes qui veulent tout expliquer par des éléments simples de quantité, p::ir des juxtapositions de qualités. Les uns comme les autres méconnaissent le co11tù111m sensitif et appétitif dort les sensations ne sont qu'une différenciation et une intégration successives. Pour rétablir le lien rompu entre ces sensations prétendues pures et aveugles, les spiritualistes introduisent un intellect pur et vide à des entités métaphysiques, à des mythes indignes de la science. Q!,1ant aux matérialistes et aux atomistes sensitifs, lc.urs explications mécaniques disent très bien comment, mais non pour9uoi, les rouages physiologiques fonctionnent et concordent. Et beaucoup de biologistes, tout en attribuant l'activité à ses éléments, refusent l'activité à la conscience considerée dans sa totalité et dans son unité. ,. Certains matérialistes dissèquent le corps en un nombre indéterminé de de forces convergeant mécaniquement, et par crainte de spiritualisme, ne se préoccupent guère de l'acuité exceptionnelle du sens vital, parce qu'elle dépasse les limites actuelles de la connaissance proprement dite, c'est-à-dire de la représentation. Et c'est là une faute; Claude Bernard 1':i.vait senti. - Or, la conscience est aussi indéniable que la vie elle-même, quoique toutes deux encore inexpliquées. Mais l'impossibilité de représenter, sous une forme particulière ce qui est le fonds commun de tous nos états, ne prouve nulle-

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