CHROXIQUES SOCIALES une jeune femme. à la démarche chancelante. se trainait avenu(' de Choisy. Elle s'affaisse et bientôt elle expire. Chez elle, voici le tableau qui s'offre aux yeux : sur une botte de paille jetée dans un coin <lela mansarde nue, deux petits enfants sont couchés. L'ainé, àgé de cinq ans, tient enlacé son petit frère ùgé de deux ans, cherchant à le réchauffer. Le plus jeune appelle sa mère en pleurant. Ils n'ont pas mangé, ni l'un ni l'autre, depuis quarante-huit heures. Comme la capitale, la province fournit son contingent de victimes. ABordeaux, un pauvre diable auquel on venait de donuer quelques ,tliments, est tombé mort, foudroyé par une congestion. Le cadavre d'un homme également mort de froid, a été trouYé sur le territoire de la commune de Caudéron. Autre découverte du même genre, sur la route de Beaune, près de Dijon. A Lyon, un vieillard de soixante-dix-neuf ans est relev{i par les passants à quatre heures de l'après-midi sur un banc du boulevard de la Croix-Rousse. Conduit dans une pharmacie, il succombe en arrivant. Autrefois, partout où le roi se présentait, il a.ait droit au logis et à la nourriture. Jamais on ne le vit manquer de rien Un jour le poisson fit défaut sur la table de Louis XIY. C'est son maitre d'hôtel qui en mourut; mais lui-même n'en souffrit pas. L'histoire ne dit pas que le premier Napoléon ait 011 seulement l'onglée pendant la retraite de ~Ioscou. Quant au troisième du même nom, au plus fort de la déroute, le service de sa cuisine n'eut pas un instant de défaillance. Aujourd'hui, il u'en est plus ainsi. Si le souverain est en appétit et qu'il fasse l'houneur à un boulanger de lui prendre un pain ou à un propriétaire d~ lui dérober une pomme, on le lui fait payer cher. Avant qu'il ait eu le temps d'y goûter, un sergent de ville ou un gendarme se montre sur ses talons et lui met la main au collet. ~Ion ami Fournière a raconté dans la Petite République l"émouvante histoire d'un vieillard de soixante-dix ans, condamné dernièrement par le tribunal de Pontoise. Ayant faim, il songea sans doute à brouter l'herbe des champs, comme ses ancêtres d'avant la Réyolution. Sa main s'étant égarée sur des carottes, il en prit deux ou trois; puis il se hasarda jusqu'à déterrer un chou, Pour conserver à la France, qui se dépeuple, un citoyen électeur, c'est vraiment bon marché, se disait-il. Une condamnation à dix mois de prison fut le prix de ce généreux larcin.
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