02 LA REVUE SOCIALISTE CHRO IQUES SOCIALES I. - LE PEUPLE SouvERAŒ On assiste chaque jour à des événP.menls si inattendus qu'on arrive à ne plus s'étonner de rien. La bizarrerie poussée jusqu'à l"absurde, le ridicule jusqu'au grotesque, le drame jusqu'au lugubre, tout cela compose le tissu de la vie commune et quotidienne. Au risque, pourtant, de paraitre naïf, j'avoue qu'une chose excite encore ma surprise. Un souverain en exercice, en pleine possession du pouvoir. qui, à éoté de biens sans nombre, dans le pays le plus riche du monde, se laisse mourir sur le bord d'une route, de faim et de froid! Avez-vous jamais vu pareille chose el la croiriez-vous possible? Eh bien! ce fait, si invraisemblable qu'il paraisse, est loin d'être rare. Chaque jour, dès que l'hiver sévit, on relève par les chemins, le corps inanimé d'un de ces puissants, que le suffrage universel a faits souverains de notre République. L'autre jour, des gardiens de la paix ramassaient sur la chaussée, un homme qui ne donnait plus signe de vie. Transporté au poste, il reçut des soins qui le rappelèrent à la vie. On lui demanda son histoire. Ouvrier cordonnier, la mort ne son patron l'avait jeté sur le pavé. Il était sans travail depuis un mois et depuis trois jours n'avait pas mangé. Tandis qu'on l'interroge, il tombe à la renverse pour ne plus se relever. Le lendemain, c'était un vieillard de quatre-vingts ans, peintre décorateur, qu'on trouvait chez lni, mort de froid. Hier,
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