8 LA REVUE SOCIALISTE seuse préférer la plainte de cette individualité maladive qui, du fond 'd'un cercueil fictif, s'évertuait à intéresser une société troublée à ses mélancolies irrémédiables. Quelque égoïste qu'il soit, le poète me cause moins de colère quand il dit : moi, je pense ... ; moi, je sens... que le musicien ou le barbouilleur infatigable qui fait un pacte satanique avec son instrument. La coquinerie naïve de l'un me fait pardonner; l'impudence académique de l'autre me révolte. « Mais plus encore que celui-là, je préfère le poète qui se met en co=union permanente avec les hommes de son temps, et échange avec eux des pensées et des sentiments traduits dans un noble langage suffisamment correct. Le poète, placé sur un des points de la circonférence de l'humanité, renvoie sur la même ligne en vibrations plus mélodieuses la pensée humaine qui lui fut transmise ; tout poète véritable doit être une incarnation, et pour compléter d'une manière définitive ma pensée par un exemple récent, malgré tous ces travaux littéraires, malgré tous ces efforts accomplis hors de la loi de vérité, malgré tout ce dillétantisme, ce voluptuosisme armé de mille instruments et de mille ruses, quand un l)Oète, maladroit quelquefois, mais presque toujours grand, vint dans un langage enflammé proclamer la sainteté de l'insurrection de 1830 et chanter les misères de l'Angleterre et de l'Irlande, malgré ses rimes insuffisantes, malgré ses pléonasmes, malgré ses périodes non finies, la question fut vidée et l'art fut désormais inslparable de la morale et de l'utilité. » Cladel nous semble bien avoir agi conformément à ces nobles souhaits de Baudelaire ... Ce fut Baudelaire qui eut l'honneur de présenter au public le premier livre de Léon Clade! Les Jfartyrs ridicules. :Mais avant de publier cc livre et encore longtemps après. Clade! eût à connaître toutes les douleurs, toutes les affres de la vie du salarié. Il lui fallut pour vivre s'employer aux abattoirs ; s'engager comme homme d'équipe au chemin de fer, - il de,ait s'en souvenir pour écrire son Kei·kadec, ses Va-nu-pieds et tant d'autres plaidoyers d'une si généreuse éloquence en faveur de ses anciens compagnons de misère. Les Jfartyrs Ridicules furent à peine remarqués. La recommandation de Baudelaire n'était pas de celles dont on avait cure alors. Pourtant Jules Janin fit un article dans Les Débats. Clade! avait écrit son livre sous le coup de ses premières influences littéraires. Il n'était pas encore lui-même. En ces premières années (1861),il écrivit aussi sous l'influence de Poë et de Baudelaire - Le Dewcième Mystère de l'Incarnation - qui parut seulement en 1883, avec une préface de Paul
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