î8 LA REVUE SOCIALISTE lamentable: il prend la forme pour le fond. Il croit qu'il suffir.1it à l'ouvrier <letravailler chez lui, pour avoir de nouveau la situation de ces artisans clu moyen-âge qui, comme il le dit, étaient des ouniers-patrons. )fais de la di vision du travail, qu'en fait :M:. LeroyBeaulieu ? et de l'immense quantité des produits qu'on doit fabriquer pour satisfafre les appétits de la bourgeoisie? et de la concurrance qui en résulte pour les travailleurs? et du coût des moteurs, etc. Tout cela était inconnu de l'artisan qui construisait lui-même un objet complet, sans machine, à l'aide d'un métier ne pouYant changer de par les lois de la corporation, et dont un:autre artisan n'avait pas le droit de s'emparer. Ce n'est pas l'électricité, je crois, qui supprimerait la division du travail: elle l'accentuerait plutôt. Ce n'est pas l'électricité qui diminuerait la quantité énorme des produits superflus : elle ne ferait qu'en rendre la bourgeoisie plus avide, facilitant, comme tous les progrès de l'industrie capitaliste, la fabrication mécanique des objets de luxe. Elle augmenterait pour cette raison la concurrence entre traYailleurs. Quant au coût des machines, nous •n'avons pas besoin ùe faire des hypothèses à son sujet: la division c(u travail, la quantité des produits fabriqués, la concurrence - tout cela plutôt accru que diminué suffirait pour accentuer encore les conditionR éonomiques actuelles. Et le collectivisme n'en viendrait que plus vite. Ainsi, toutes les hypothèses de ~L Leroy-Beaulieu, fussentelles réalisées, ne nuiraient en rien au mouvement économique qui se poursuit en ce moment et dont l'aboutissant - le collectiYisme - sera une réparation vengeresse des maux que la société bourgeoise inflige aux prolétaires. Le collcctivitm1e, d'ailleurs, il faudra bien que vous-mêmes, M. Leroy-Beaulieu, vous finissiez par l'admettre: les réformes auxquelles on contraindra votre gouvernement, l'agitation collective des prolétaires, votre société se désagrégeant et se suicidant - tout cela troublera profondément votre égoïsme de bourgeois et d'inlliviclualiste et lui montrera qu'il existe quelque chose d'autre que lui-mème à satisfaire dans le monde. :lifaisquelle peine ne ressentirez~vous pas à la vue des réformes accomplies sous la pression des évènements ? Les impôts saperont les g1·.m<le:-fiortunes, l'argent sera pris aux riches pour aller aux pauvres ... Quelle peine pour vous, 1\1. Leroy-Beaulieu, qui voyez justement la beauté de la civilisation dans l'inégalité qui existe entre Iles pauvres et les riches! Car vous avez dit à M. Huret: « Il faut qu'il y ait despauvres et d-es riches, pour que les pauvres luttent pour devenir riches car c'est de cela qu'est fait le ' ' JJrogressocial, non d'autre chose. D •
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