La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

f:CHOi-1 DRA~lATIQt:ER ï:2!l mai::, nous l'l•pron,·ons en écoulant l'orchestre, et non en regardant ou en écoulant les personnages. Or, on ne prouvrrajamais à des hommes réunis en masse, pour a ·si ter à un drame, fùt-il lyriqu~. qu'ils uc doivrnt pas se pr(•occuper d'abord des hommes qui vivent le dr'l.mc drvant eux. La symphonie a le droit de rlé,·elopper la pensét', de la soutenir, et non de se substituer à elle. Ll' vrai drame révolnLionnairl', c'est celui qui se passedan Ir cœur de l"homme; le Hai théàtre du dram<' humain, c'rst le cœur humain : le drame des cho.w'8 n'est que St'condairc; le bruit de la forêt 011 de la mer ont leur puissance propre, et nous frappe tragiqnem<•nt; le moindre bùcheron qui traverse la fon\t. le moindre pt\cheur qui r(•ve au bord de la mer, nous touchent davan ta~e. Le drame de \\'agner arrive au sublirne par la puissancl'. par ses men-l'illcuses sonorités, et aussi par ses bruits dissonn:l.llts, qui rappellent les convulsions de la grande Erda, de la mère dps \\·alkyrics, de la 1't•1'J'1'. JI convient aux passions brutal('i- d déchirantes, par ces mêmes dissonnanres, par ces timbres stridl'rlls qui tra,erscnt raction,mais il n·est pa' l'ncore intimement uni ù l'homme, il ll' néglige. et en faiL un accidl'nt dans la naturl' et, ainsi, il entrave l'action qui est humaine avant tout. Cho·l' étrange! dans la pensée de Wagner, la musique est esclave du drame; de fait. Jans la pratique, l'esclave prC'nd sa rcrnnchl' ù l'orchestrr: elle Dl' sert pas eulemcnt de soutil'n à l'action, clic la domine, elle la!J11id1•JHII' .Ç('.~ 1110/ij~etfaitoublier le poëme, qui ressemble trop à un récitatif, et non il une action entraînante que précipitcn t encor(' les actions ex térieurcs. Ajoutons toutefois que celte orchestration forme it elle seule un tout complet d'une beautt'• presqnc sans l'irnll'; et que si la forme \\'agnérien ne, tel le que nous pouvous la j ug-er en Frn11cl', n'est pas le dernier mot du drame lyrique, elle est une dl's voies qui nous y conduira sùrcment. \\'agocr a pousséjusqu'au men·eilleux l'art symphonique; il accorde ull(' gra11deplace au poëme; il réforme en quelque sorte l'acoustique lhé;'tlralc; il trace à la langue mnsicale une voie nouvelle et Haie, en traduisant les passions fortcs et le h111r1a!Jfl'y1·ir11tP par des inlcrYallcs rapprochés et souvent par des dissonnances; ainsi. comme il le déclare lui-mème, il tente de réunir to11s les ad~ dans un idéal suprèmc pour lui, idéal qui est le drame mnsical. Cette théorie peut. certainement être soutenue, mais le maiLri~ ne la met pas toujours en pratiq uc, de façon à la faire accepter. Les moyens expres ifs: orchl'stration, poëme lyrique, ne sont pas employés dans une parfaite 1111•.~111·1,. L'orchestre qui, ch.ezWagner, remplace le chœur antique, parle trop haut; du reste, au premier

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