La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

728 LA REVUE SOCIALISTE Il y aurait lieu de réagir en donnant à tous ces personnaglls m~·thologiques, une si réelle grandeur que la pe11séeprofane ne s'égare plus vers l'Opérette. Mais vraiment, au deuxième acte par exemple, la scène coujngale du pap:i \\·otan-Jupin et ùe son épouse l<'ricka-Junon est par trop bourgMisP. Kous n'entrevoyons même plus l'azur des cieux, l'éther disparait et la majesté divine est absolument compromi. e. Les petites brebis elles-mêmes attelées à un char enfantin, rappellent ~1me Deshoulières. Dans un drame lyrique la légende doit ètre, non seulemeut acceptée du public, mais respectée; à Paris nous respectons à regret ce qui est respectable en soi; quant aux légendes, nous les traitons comme de vieilles lunes! Yoilà peut-être cc qui explique que la chp1•a11!'héf' des 11·alkyriPs, cette orte dt'popée grandiose et sauvage, produit plus d'effet au concert qu·au théàtre; ces Walkyries ne sont pas assez féroces: l'orchestre hurle lugubrement et superbement, mieux qu'elles ne crient. Elles manquent de furia et sont, en quelque sorte, trop petites pour l'ampleur du drame. De même les décors laissent peu dïllusious; là où la symphonie ouvrait un horizon sans bornes. Cette symphonie sulTirait au drame, ou plutôt se suffit à ellc•mème; c·cst le plus puissant des drames ... symphoniques. Le chaut dC:•clamél,a mise en scène ne répondent donc pas ù la grandeur de l'œuvre. Il n'y a pas accord parfait entre le sujet, la déclamation lyrique, l'orchestration et les décors. Celte Unité rêvée par \\'agner qui voyait dans le drame lyrique la réunion de to118 lM Ar/8 to11rn11 m11/ an mê111P but. n'est qu'à demi-réalisée : la déclamation lyrique a des longueurs; l'orchestre gagnerait à voiler ses sonorités un peu bruyantes, et à se réfugier dans la grotte profonde que lui a ménagée à !'Opéra l'heureuse prévoyance de l'architecte Garnier. Les Dieux de l'Olympe, ne pouvant être supprimés, devraient au moins s'entourer de tout le prestige de la science moderne pour racheter, par des trompl?•l'œil, leur divinité passée de mode ... à Paris. Les artistes devraient chanter une fois par semaine seulement, et ne pas se prodiguer dans des raie!< écrasants. plutôt encore par leur étendue et leur continuité, que par leur facture. Ces rôles, eux-mêmes, gagneraient à être réduits ou môme supprimés (Frick.a), tant que leur symbolisme ne sera 1msclairemPnt démontré. En un mot, ce drame aux allures grandioses, pêche non par lapartif p1·incipalf' qui est et qui demeurera quoi qu'ait voulu l'auteur, la pa1'lie orthPs/rrtlt', mais par les autres arts; l'action est pauvre et manque de frissc,n ; ou plutôt cc frisson existe

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