La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

ïl8 LA REVUE SOCIALISTE porte : des hommes en uniforme et en képi nous introduisent auprès du sous-directeur de la première division, un monsieur, grand blond, portant toute sa barbe, vêtu comme un capitaine de vaisseau. Il parle difficilement le français. 'ous voilà dans un carré de bâtiments, encadrant des avenues herbeuses, d'une superficie égale à la place des Invalides. Les bâtiments, rez-de-chaussée et combles, ont été construits par l'Etat, il y a cinq ans : ils sont di visés en vastes salles d'une propreté irréprochable -là seulement où elles sont affectées à l'infirmerie, - en haut : lavabos, dortoirs, lingerie, pharmacie ; le réfectoire au rèz-de-chaussée ; ailleurs, la propreté est douteuse. Procédons par ordre. :Nous descendons de l' inji1·11ie1·ùJ, aux lits en bois grossier, J)OurvuHd'un matelas, de gros draps bis, d'une couverture; à côté, les lavabos, bien entretenus. Le réfectoire, une grande salle avec de longues tables 1-'tdes ustensiles pour chacun : assiettes, cuillers, fourchettes, et l'inévitable petit bidon pour le café. Il y a là une trentaine d'hommes, hâves, déjetés, le regard atone, tous silencieux. Nous visitons successivement les ateliers où l'on Î'pure la laine brute, où elle se carde, plus loin, où elle se file, où elle se dé,·ide, où elle se lisse. lei, elle devient des bas, là des tricot,;, lit des matelas - oh ! bien minceR- pour les malades et les employés. :'.'foustraversons un con-idor pour entrer clans les atelier::1dans lesquels le chanvre et le coton subissent également une série de transformations. Par un escalier étroit, en échelle de meunier, nous voilà dans l'enfilade des ateliers, sous les combles. ?fous trouvons d'abord les cordonniers qui raccomodent et font des souliers, puis les tailleurs pour les vêtements des employés et le rafistolage des hardes dont les prisonniers étaient reYêtus en aninnt. Plus loin, sur un sol inégal et malpropre, sont accroupis les vanniers ; par une petite porte, nous entrons chez ceux qui font des paillassons, des nattes, d'un usage unh·ersel et obligé dans l'humide Hollande. A prÎ'sent, nous sommefi de plein pied, dans uni>salle encomb1·éede seaux énormes : une montagne de plats en terre vernissée H'élève dans un coin : au milieu, trois marmites gargantuesques, hautes de dix pieds et larges de cinq ; de chaque côté, une échelle; en haut, un homme vêtu de toile Raie, remue péniblement avec une pelle - ciuoi ? des pommes de terre et des fèYes. C'est la cuisine ! Tancli::;que nous adressons diverses questions au sous-directeur, des hommes entrent en escouade. Chacnn, Hans dire mot, prend un plat, ressemblant ,\ une cuvette. On a versé clans les seanx le contenu des marmites ; le

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