711 LA REVUE SOCIALISTE Ill. - LA COLONIE ·DE WEENHUYSEN. L'eau tombait à torrents. Nous regagnons notre voiture que l'automédon avait prudemment mise à l'abri. Dès que le ciel s'est un peu éclairci, nous filons à deux kilomètres, à la deuxième division. Le sous-directeur nous accueille avec une correction toute administrative. Comme là-bas, c'est un immense quadrilatère, mais la disposition des quartiers, leur aménagement, les abords sont tout différents. L'un des côtés extérieurs donne sur un canal, le long duquel stationnent de lourds bateaux, les uns chargés de tourbes, les autres de briques, ceux-ci d'arbres à peine équarris, ceux-là de sacs énormes de pommes de terre. Une nuée de détenus, répartis en petites équipes, sortis sans doute aussi des réfectoires, attend les ordres pour décharger. Nous voyant passer, plusieurs accourent; l'un d'eux nous parle en français, pendant que le sous-directeur s'entretient, à vingt pas, avec M. Tours, le parapluie à la main. Nous saisissons à la hâte quelques renseignements. Nous pénétrons dam, l'intérieur. Nous voilà dans un très vaste atelier à six ou huit forges. Le charbon flamboie avec des milliers d'étincelles. Ici des forgerons, là des chaudronniers, au fond.des ferblantiers. Un peu plus loin, des hommes battent des fers à cheval. Nous allons visiter un autre quartier, celui des hommes occupés au travail du bois. Avant, nous jetons un coup d'œil dans un immense hangar : ce sont les charpentiers pour les· bateaux de la colonie; auprès d'eux travaillent une douzaine de sabotiers. Nous sommes dans les ateliers de menuiserie, d'ébénisterie, de sculpture sur bois. Ma foi, nous avons vu exécuter là des meubles et des sièges fort convenables - pour l'administration, nous diton. Je soupçonne que c'est du travail à l'entreprise pour des _grandes maisons d'Amsterdam. D'ailleurs un outillage très complet et des cartons remplis de dessins. Nous jugeâmes inutile de voir la cuisine et les réfectoires; ces derniers devaient être en même temps des dortoirs, comme dans la première division; je veux dire qu'au lieu de lits, ce sont des hamacs que les prisonniers descendent le soir du plafond et remontent le matin. M. l'onde1·-direclor ne voulut pas nous quitter sans que nous eussions vu la boulangerie. C'est une fort belle installation, nous
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