LA LIBERTÉ MORALE ET L'ORIGIXE DU DROIT 707 mité avec l'intérêt général, pouvait être regardé comme le droit, peut devenir demain l'injustice, parce qu'il est devenu hostile à ce même intérêt général. Cette instabilité du droit, qui ne respecte que quelques matières touchant de près à l'existence même de l'humanité, a été et sera toujours une difficulté insurmontable pour les i:;hilosophes et les jurisconsultes qui n'admettent pas notre définition. 1Iais nous devons signaler quelque chose de bien plus grave. On a vu que ce qu'on appelle la sanction des lois de la morale et du droit réside pour nous dans l'irrésistible action de la Société sur l'individu. La société constate le droit et, comme intelligence supérieure à toute autre, elle l'impose aux intelligences individuelles plus ou moins impérieusement, selon le degré de communion dans laquelle chacun de nous vit avec elle. Or, ce degré de communion est peu élcYé dans les société11 aristocratiques, où les classes supérieures, e'est-à-dire celles qui par l'éducation seraient le mieux à même d'être, dans l'Etat démocratique, les agents utiles de l'action sociale, éYitcnt autant que possible le contact du pluE grand nombre de leurs concitoyens. Il s'cnsu it que l'action sociale dans la totalité, ainsi que la sanction du droit qui en découle, y est fort affoiblif', fort défectueuse. Ce n'était pas un danger médiocre pour ceH sociétés, où la constatation du droit est fort vicieuse en elle-même, parce qu'elle n'a pas lieu par le peuple entier au moyen de la législation directe, mais par une ou deux classes de privilégiés agissant par un gouvernement placé en dehors et au-dessus de la nation. L'aristocratie devait se sentir mal à l'aise au milieu du peuple nullement convaincu de la bonté et de la justice d'institutions imposées, qui, poussant la spoliation jusqu'à sa limite extrême et l'asservissement des masses jusqu'au scrrnge, ne lai,,~aient pour tout héritage aux classes ouvrières que la misère, la douleu1· et hi honte. Que ne pouvait-on pas craindre cles haines et des colère;; allumées dans les cœurs d'être dégradés qu'on amit soustr,üts en quelque sorte à l'influence moralisatrice de la soe;iétc'.• ! Ce que la société divisée, tronquée, opprimé<', annihilée en partie par l'impuissance de la misère chez les uns et l'esprit de caste cupide et ombrageux des autres,- ce que cette société ne pouvait plus offrir d'une manière assez large et siî.re aux oppresseurs,- la sanction d'un état de choses qui n'avait du droiLque le nom,- ils furent forcés de le chercher ailleurs, en dehors de la société. Ils inYent~rent donc de bonne heure les rèligions positives qui leur rendaient d'incontestables serYices, en plaç·ant leur œuvre d'injustice sous la sauvegarde d'êtres supérieurs, présidant à la distribution inégale des biens qui charment et ùcs maux qui afiligent.
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