La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

69l LA HEYUE SOCIALISTE Voilà notre devoir: sommes-nous de taille it le remplir? Isolés, nous sommes impuissants; unis, nous aurons la force nécessaiN. • • • Ce point de me, qui avait été développé par les initiateurs de la réunion du 12 mai, et qui leur paraissait irréi,rochablement conforme aux principes socialistes, n'en a pas moins soulevé une opposition assez vive dans une pai-tie de l'assemblée. Nous nous refusons à admettre, nous dit-on, l'assimilation possible, snr le terrain économique, du journalisme et des autres fonctions sociales. On ne vend pas des idées, comme on ,•end des épices ou des mouchoirs. Rien de plus exact, répondons-nous. Mais ce contre quoi se révolte la conscience de !'écrivain, n'est-ce pas précisément ce courant. qui pousse le journalisme it n'être plus qu'un trafic d'idées. Ce que le journaliste, cligne de ce nom, prétend vendre. ce n'est pas son opinion: mais le talent, le savoir avec lequel il la présente. Le prix qu'il réclame n'est pas le prix de sa conscience, mais celui du temps qu'il lui a fallu dépenser pour acquérir ce talent et ce savoir, et du temps qui lui est encore matériellement nécessaire pour mettre ce taleut et ce savoir sur du papier. Toute peine, tout service méritent salaire. Faire une exception pour le journalisme est une pensée bourgeoise qui ne peut avoir place ùans un cen-eau socialiste. Comme le propriétaire d'industrie, le propriétaire de journal veille avec un zèle jaloux aux intérêts de son capital. Comme l'ouvrier manuel, l'ouvrier de la pensée a le droit de Yeiller avec un zèle égal aux intérêts de son salaire. Etre moral, l'ouvrier a le devoir de maintenir sa situation matérielle it un ni veau tel que son indépendance morale ne puisse en souffrir et qu'il ne soit pas placé, à certain moment, dans l'alternatiYe de choisir entre la prostitution de sa conscience. l'abaissement de sa dignité <l'une part, et d'autre part le chômage. la mort de faim pour lui et sa famille. Etre moral aussi et de plus champion d'une idée, le travailleur intellectuel a ce même devoir d'autant plus impérieux que pour lui le danger de subordination morale est plus imminent et peut avoir des effets plus funestes. Une longue discussion, ayant ce point de départ, s'éleva entre les citoyens ~Iillerand et Briand, d'une part, Guesde et Goullé, de l'autre, les premiers aboutissant au groupement purement corporatif, et les seconds au groupement purement politique. On se décida finalement pour une forme mixte qui serait à la fois corporative et politique, c'est-à-dire qui ne serait en réalité ni politique. ni corporative. • • •

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