La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

LE PROLÉTARIA'.r AGRICOLE G87 universellement, ainsi que nous avons eu l'occasion de l'observer, sur des catégories sociales. C'est là un fait de nécestiité sous lequel tout doit plier, car la première justice est le salut public. 1'1ais la difficulté de faire leurs parts respectives aux différents tenanciers qui se seraient succédés sur chaque terre exploitée rendrait ici l'application hérissée de telles difficultés qu'il y faudrait bientôt renoncer. Comme l'action de la Révolution est une puissance toute transitoire, la première condition des moyens qu'elle édicte est d'admettre une exécution simple et rapide. Si une mesure proposée ne comporte pas ce caractère, alor<>mieux vaut l'abandonner : elle n'est pas révolutionnaire. La troisième objection, peut-être la plus grave de toutes, est que cette possession subite de hi terre mettrait aux mains du paysan une puissance énorme que rien ne contre-pèserait et dont il ne manquerait pas de faire, dans les conditions intellectuelles et morales où il est aujourd'hui, le p:us mauvais usage. Car il est plus facile de mettre le campagnard en possession du sol, que de l'intelligence économique et politique : de le constituer propriétaire que de l'improviser citoyen. Nanti de la terre, son premier soin serait de s'en assurer la conservation, et il le ferait à sa manière, en usant des seuls procédés qui se montrent en accord avec son idéal, peuvent avoir' sa confiance et se présenter comme efficaces à l'étroite vue de son esprit. Or ces moyens, naturellement, se résumeraient dans le Césarisme ou, pour mieux dire, le Czarismè. On ne tarderait pas à voir naître, pire que les cieux précédentes dont elle n'aurait que l'envers, une troisième forme de l'empire, sans gloire et même sans prestige, l'Empire de la paix à tout prix et de la brutalité rurale, l'épée de Sedan au poing, écrasant sous son lourd sabot les derniers vestiges de cette fécondité obstinée de l'esprit '-lui conserve à la France, jusque dans l'abaissement de ses revers, la suprématie morale. Sous couleur de révolution, d'émancipation, de progrès, on n'aurait introduit que l'invasion sociale de trois millions de barbares, peu mieux valant quo celle des Cosaques ; car entre re paysan de la plus avancée des nations et celui de la dernière, la différence est faible. Un pareil résultat serait le plus calamiteux qu'il soit possible de prévoir. Il est de raison, il est de justice comme il est d'habileté que la Révolution libère le prolétariat agt'icole ; il est par contre, de prudence qu'elle ne le fasse pas à l'aveugle, sans mesure ni transition, mais qu'elle y prenne des précautions comme pour déchaîner une bête brute dont le premier mouvement sera de se ruer sur qui la dégage de ses liens, et qu'en tout cas on ne laisse aller qu'en la tenant à longueur de longe. E. LEYERDAYS.

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