La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

LE PROLÊTA.RIAT AGRICOLE G81 <loute, prises en elles-mêmes, étaient aussi banales que celles des premiers bourgeois venus; mais comme acte significatif dans les circonstances données, c'est-il-dire au début d'une défense nationale. On n'improvise pas chez une classe incurablement pourrie, comme l'est aujourd'hui notre bourgeoisie mercantile, le ~entiment patriotique. L'intelligence et la pratique de la solidarité nationale, qu'étouffe nécessairement la factice unité de la centralisation, ne sauraient guère se bien concevoir qu'avec des mœurs publiques créées ou à créer par Je fédéralisme. L'exécution des notables et insignifiants traîtres d'Evreux n'aurait pas rendu patriotes ceux de toutes les autres villes qui se hâtèrent de les imiter; mais le même esprit de conservation égoïste qui les faisait traitei- avec les .Allemands leur aurait, dès lors, conseillé un tout autre genre de pudeur. Il est surtout indispensable, quand on as:,ume la tâche de sauver un pays, de connaître les ressorts qui sont à mettre en jeu: ce qui suppose que l'on n'ignore pas qu'il existe une question sociale, voire même qu'on en a fait l'étude la plus sui vie, puisqu'au fond des défaites commes des victoires de tous les peuples c'est toujours uno question sociale. Mais que peut-on espérer de l'esprit bourgeois, ainsi que l'histoire nous le témoigne, qui est la clef des évènements ? La dictature de 'l'ours a failli à sa lourde et glorieuse misHion, en partie par mollesse bourgeoise, en partie faute de connaissance. Elle a eu le sort que doit encou1·ir un Gouvernement de salut public qui, ne s'étant pas rendu compte des conditions intimes de la nation menacée et de ses propres moyens d'action, est nécessairement indécis et sans énergie pour se mettre, faisant litière de tout, au niveau du danger•public. Son JJOUYOierst tombé sous l'ignorante hostilité de ces mai;ses provinciales qu'il u·a pas su s'affectionner, ameutées contre lui par les intrigues d'ennemis qu'il aurait dû pm~1Jyseren appliquant avec justice et résolution l'ensemble des mesures coërcitives que requéraient les circonstances. Les situations ont leur logique. Si on ne sait pas entrer dans cette voie rigide, on va loin dans l'erreur, on tombe bas dans la chute. La seule issue possible en 1870 était dans le soulèvement national et social de la masse du peuple; mais l'influence de l'esprit bourgeois,-qui est d'ailleurs l'exclusion de toute vigueur civique, l'aspr.yxie morale des nations dominant l'action du pouvoir, - celui-ci n'a rien su on rien voulu comprendre à la logique des circonstances, et la France gît au fond de l'abîme. En résumé la démocratie, quand les catastrophes politiques l'ont

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