La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

LE PROLÉTARIAT AGRICOLE (ÎÏÏ -est de fait ou d'aspiration propriétaire ; il l'est avec obstination, .avec férocité, parce qu'il l'est de,·cnu révolutionnairement. Si de nou-..eaux révolutionnaires,qui lui sont étranger::!,entendent changer la forme du gouvernement, que lui importe? Il a traversé toute:-; les formes, il n'a gagné directement à aucune d'elles ; là-dessus il est sceptique. Si c'est au fond de l'ordre social qu'ils YE>ulent oucher, quelle sera sa part ? Que cle-..iendra sa propriété ? Dans la brutalité de son égoïsme, il n'a pas vu d'autre question, il a voté pour l'ordre ; il entend que l'ordre subsiste, dussent p~rir leR ouvriers et les villes. Il a la crainte qu'une révolution n'ôta ce que l'autre a donné, et il est pour l'ancienne, celle del i8!l, dont il a profité contre celles qu'il ne connait pas (1). ).fais le moyen de rattacher le paysan à l'idée sociale ne serait sans doute pas de recommencer les enements de 18-!8, où la République, pour s'affectionner les campagnes, ne s'avisa de rien mieux que d'exiger d'elles les fameux ,15 centimes. Il est vrai de dire que par contre elle les gratifiait, très inopinément, du suffrage universel; c'est-à-dire que, pour la durée d'une génération, elle 1·emettait entre leur mains l'omnipotence, dont elles ont fait l'usage qu'on sait, désastreux et proYidentiel; car rien n'est tel que l'intrépide foi du mystieisme qu'il soit religieux ou politique, pour ouvrir à doubles battants les portes de la Destinée. )fais que faisait aux campagnes l'acquisition d'un droit qu'elles n'avaient pas revendiqué et dont elles étaient incapables d'apprécier la portée? Vous ne saviez clone pas, malheureux, que pour vos 45 centimes, pour le plat de lentilles cl'Esalt, le paysan livrerait dix fois et ses droits politiques et ceux de sa descendance jusqu'à l'expiration des siècles ? En 18ï0, nous voyons autre chose. La France est envahie, ses 1·essources militaires linéef? aux mains de l'ennemi ne lui laissent plus chance admissible d'opposer au flot de !'in \·asion ce qu'on est convenu d'appeler une défense dans les règles. Plus d'armée, plus cle matériel; désorganisation complète. Le prestige napoléonien en s'évanouissant n'avait rien laissé après lui. Or, les armées, quoi qu'on en eût dit, ne s'improYisE>nt pas dans les désastres; les légions ne surgissent pas de terre. Cependant, d'un autre côté, comme il est d'expérience acquise et de nécessité qu'une armée d'invasion sur un sol étranger, si pleinement victorieuse qu'elle soit, ne tarde pas à fondre comme beurre dans la lêche-frite lorsque le peuple envahi a bien pris la résolution de ne pas se laisser (1) Xous emrruntons ces réflexions à un opuscule des plus remarquables publié à Bruxelles en 1870: De la constitution du va,.ti ,•tfvolutionnaire en :,·ance, par Victor Arnould.

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