La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

Gî6 LA REVUE SOCIALISTE Il Yous répondra : o: Que m'importe ~ chacun pour soi ; si l'ennemi est en-deça de ce fleuve que vous appelez le Rhin, il ne fourrage pas dans mon champ ; et quand il y viendrait, il m'en coCitera peut-être moins de l'accepter 4.ue de lui faire obstacle. >> La patrie de l'homme des campagnes, comme ses idées, se borne à l'horizon du champ où il promène sa charrue. Sa faculté de conce,·oir s'arrêb.) lit où se limite sa faculté de voir. Que lui fait une ligne de dl'fense pourn1 qu'il sauve son bétail r Si clone vous livrez en temps de guerrJ les conseils et l'armée d'un peuple à la prédominance d;i l'esprit rural, la nation est perdue. Il était autrefois de règle militaire que le paysan ne fût pas considéré comme belligérant et que le soldat de l'un ou de l'autre parti, sans distinction, vécût sur lui. Le roi Guillaume de Prusse, en maintenant dans la guerre franco-allemande cotte règle empirique sans y mettre plus de transcendance, {>taitdans la réalité en même temps c1ue clans la tradition. Plus avancéH en fait d'idée,,, nous aYonH,nous, chang{>tout cela et nous faiso,rn élire dans l'extrémité du désastre par le souverain en sabots des assemblées r111·ctles li u i ne savent quc li \T3r la Patrie sans même avoir conscience de la honte qu'elle Kubit. L'ennemi a dû bien rirô,Les payi.:ansn'ont été apr~s tout en J8ï0 que ce qu'il!; furent, ni plus ni moins, à toute autre époque de l'hiHtoir"'. "Xesont-ils pas les descendants de ceux qui en 181."isui ,·aient la queue de l'invasion cosaque avec les co1·- beaux et les Joui A, s'étant munis de sacs pour piller les villes~ AinRi ont-ils partout fa,·orisé les mouvements de l'ennemi, lui d{•non~·ant cPux de nos troupes, gardant pour lui leurs Yivres parce qu'ils le crnignaient da,•;mtage, et les refus:mt aux Franç·ais. Cet êtr.J hum'.tin si déprimé, ce pays:m qui ne tient au sol, comme l'animal, que par les racines matérielles de son existence, est pourtant le futur auxiliaire de la Révolution, qui doit décider de son triomphe lors4.ue celle-ci l'aura fait naître, par une de ces rénovations qu'elle seule a jouissance d'opérer, à la vie du patriotisme. Car au fond le pay:;an est révolutionnaire, ainsi que nous l'avons déj:t dit, it son point de vue. La scission qui existe entre lui et la plèbe des villes n'est en réalité r1u'un malentendu. Rien ne tenant che11l,'homme des campagnes en présence de son intérêt quand il voit clairement celui-ci, il sera socialiste malgré tous ses instincts et tom, ses préjugés dès que la conscience lui sera donnée que les salariés ont rai,;on de l'être,jointe à la confiance qu'ils pourront accomplir leur révolution sans mettre en péril les droits acquis du paysan. Si, en effet, le laboureur jusqu'à ces derniers temps, a toujours voté en faveur ùe l'ordre gouvernrmental, cela tenait it ce quo n'entendant rien it la protestation des villes, il ne voyait que trouble et folie en dehors de l'ordre qu'il connaissait. Il

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