La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

LE PROLÉTARIAT AGRICOLE l'ho.umc des campagnes est le suppôt naturel tin despotisme. Il aime la force:' il ne respecte qu'elle. L::i,double loi qui régit les bruti!S, celle de la force et de l'habitude, détermine souverainement s~s idées et ses actes. Il a déj:t plébi,dté pour l'Empire une diz:line de foi,; ; cela seul, ne vous y trompez pa,-;,1ni est unC' i-ai,;on suffis:mte pour qu'il l'acclame encora autant de fois que vous l'interroger~,1 plébiscitairement. Donnez-lui le choix, sans ambages, entre l'Empire et toute autre forme gouYernementalc : le lenllemain de Sedan comme la veille, apr.:!S un quatrième désastre, apr~s un dixième, il votera encore et tonj,rnn; en faveur de r.Empire. Le paysan votera pour l'Empire indéfiniment, à moins <1n'il ne soit plus exact de dira qu'il acclamera rEmper.:'nr autant qu·on le lui proposera. Car les abstractions n·cntrent gni·re Hou:; la calotte épaisse qui emboîte sa cervelle: 1:1 forme politique n·est pas ce qui lïntéresse le plus. La politique telle <1uïl la p1·end, fai1,ant bon marché des principes, 4ni ne ,;e ,·oient pas. nt tout droit aux personne:;, qui sont visibles et palpables. Il lui faut une autorité qui soit de chair et d·os. C-est sur une tfte humaine déterminée, préùestinée, valant du reste ce qu'elle peut, autrdoi,; celle du roi, depuis celle de !'Empereur, que l'esprit rural a coutmne, aujourd'hui comme jadis, de placer son l'Spoir et de rassembler ses complaisances. A-t-on remarqué que cette plc\be campagnarde ne vote vraiment arnc fen·eur que lorsqu'elle répondit la voix de l'indi,·iclu priYilégié à qui elle a reconnu la mystérienHe puis:,;ance de faire parler son somnambulisme et d'interroger sesoracleR?YouRla ,·oyez alors se prasser en mas:oe autour ùu scrutin comme un croupeau à rabreuvoir: les ouailles connaissent la parole du berger. Vous l'entendez qui bêle Oui (tout ce qu'elle sait dire), comme un ~eul mouton. Faites la comparaison entre les chiffres des ,·otes plébi~dtaires pendant le second Empire et ceux des élections <.inC'orps législatif. Tout le monde, clans le premier ca,;, fait acte de présence ;.dans le second Yous releYez toujours une asse,1forte proportion d'indiffé1·ents. Le peuple n'est Yraimenc lui-même que dans le plébiscite, qui est incontestablement, en matière de suffrage, la perfection de l'insanité. Le paysan croyait jadis à l'homme que désignait héréditairement le sort de la naissance. Cela s'appelait le droit divin, qui serait aussi bien l'état de simple animalité. Il croit maintenant à l'homme que le choix du peuple désigne, conception pins intellectuelle. Evidemment c'est un progrès. En attendant que sa conscience soit assez éclairée pour lui permettre de s·y voir, il se contemple dans son élu. Le césarisme est sa façon d'entrer dans la 13

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