La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

6ï2 LA REVUE SOCALISTE lui donnaient corps, idéalisé par leurs légendes, Xapoléon Robert- ::\Iacaire s'est tenu l!l ans en équilibre sur la corde de cette équiYoc1uè.Les opérations audacieuses cle la clique césarienne ayant échafaudé> sur cette base de la confiance rurale une prospérité factice, le,; pay,;ans, qui ne voyaient que l'apparence, ont cependant profité de l'aubaine. Ils n'en demandaient pas davantage et contemplaient pieusement dans la personne de leur élu le miracle de leur propre foi, attribuant au fétiche qui n'en pouvait, mais ce qu'elle i:;eule,en définitiYe, créait et soutenait. Par ainsi le système sa donnait, en langage officiel, pour sauvegarder « l'ensemble des intérêts conservateur::; J>. Synthèse bizarre' ~Iystification singulièr<l ! En fait, l'Empire miné au dedans par les charançons de l'agiotage, 111011/ait ,/(' /"011p it ses rustiques commanditaires, mangeant Jeu1· blé en herbe, comme il parut le jour où la faux entra dans la moi~son: mais on peut croire que la plèbe des campagnes mettr.1 enr·ora du temps avant d'a ,·oir compri,;, si jamais elle compr,md, la rouerie napoléoni('nne. Lê Yote r~pété des cam.pagnes donnant à l'Empire leur blancseing n'était au fond que l'expression de leur instinct révolutiontionnaire, moins énergique peut-être mais non moins obstiné chez elles que che,1le prolétariat des ,·illes. La France rurale, en acclamant Xapoléon, à ,-rai dire n'acclamait qu'elle-même, la République des paysans telle qu'elle est apte à la concevoir, réalisée dans le despotisme, incorporée dans une idole. Car au XIX• siècle de l'ère chrétienne comme au 1°',le Césarisme n'est essentiellement autre chose que la forme bàtarde, l'expression inférieure, anthropomorphique de la Démocratie, it l'usage des plèbes dégradées par les traditions cle senitude et incapables de s'élever à l'autonomie politique. La légende du deuxième Empire, maintenant en voie de se faire, aura tué celle du premier. Metz effacera \Vaterloo. Est-ce à dire que nos masses rurales en viendront de sitôt à se trouver guéries de leur infatuation napoléonienne? Ceux qui pourraient le croire ne connaîtraient pas quelle fixité ont les idées ùans la cervelle de l'homme des campagnes. Elles ne sont pas, en effet, chez lui comme pour le citadin une monnaie circulante; elles naissent et grandissent avec son individu, elles sont incorporées à son organisation. Dans l'imagination simpliste du paysan, idolatre comme aux premiers àges, Napoléon est resté jusqu'à ce jour une figure mythique, un symbole où il a trouvé moyen de fondre ensemble sa rédemption de 1789 et sa revendication patriotique .• '\.joutez que par ses conditions d'existence, par son tempérament et ses habitudes, par la forme de ses instincts, par sa conception brutalement patriarcale de la famille et de la société,

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==