LE PROLÉTARIAT AGRICOLE 671 cette pa1·t de vérité, et comme Turenne dis:iit qu'il faut être loyal même avec les coquins, ainsi devons-nous être juste même à l'endroit <lu césarisme. Il serait puéril de prétendre qu'un régime gouvernemental, qui s'est reproduit à deux reprises dans un demisiècle, acclamé ùix fois par la masse d'une nation, n'ait cu que la ,;aleur d'un prestige suspendu en l'air. Il n'eût sans doute pas subsisté s'il n'avait possédé devers lui un élément de vérité pour lui servir comme point d'appui, un principe constructif et vrai, en un mot révolutionnaire. Le premier Empire tenta de remettre iL neuf l'absolutisme monarchique : c'était l'assise ruineuse, par où il s'effondra. 1Iais il dut consacrer, en dépit qu'il en eut, la plupart des conquêtes civiles ùe la Révolution: c'était là son c<>téréel, sa raison révolutionnaire, qui le fit exister. De même, le second Empirû avait sa fausseté imminente, l'orgicratie qui le mina et par laquelle il devait tomber, construction ,·ermouluc, au premier heurt, mais il avait concurremment sa part de vérité qui l'a maintenu pendant la durée d'une génération; Il a dû, lui aussi, consacrer un principe d'a,·enir, une conquête révolutionnaire; un seul, mais fondamental. La suite prouvera bientôt quïl était suffisant. li lui a fallu consen·er le suffi-,1gedes multitudes. C'était son rôle marqué clans lc cours des destinées. Il a été l'introclucteur iles masses rurales ùans la ,;ie publique. Ponr lui le droit politique de ceux qni n'ont que leur vie en ce monde est entré dans les mœurs. Ca droit fondamental a eu, sons ses auspiceR, le tempH de s'établir, si carr~ment assis et si fortement cimenté, que rien ne saurait pins le démolir et que tont ponvoir qni essayera d'y toucher désormais, pen ou pron, s'y brisera. Etrangers aux griefs des populations urbaines qui voyaient l'envcr;; du système, placl\s à nn point Je vue tout autre, le,1 exploités de la glèbe, les laboureurs ci-devant ,;illains ont maintenu vingt ans, par leurs votei:;, le pou,·oir qui, pour le quart d'heure, leur donnait l'aii-mnce matérielle et qui les faisait électeurs. J<~nvotant ponr l'Empire, ils étaient révolutionnaires à leur fa~·on. Etait-ce donc si bêtement agir pour des simples d'esprit ? A moins qne ce ne fût plntôt cette force impersonnelle que nos pères appelaient religieusement la sagesse de Dieu, supérienrc à l'humaine prudence, distincte de celle des hommes et cependant immanente dans le peuple et parlant par la voix des fonles? Ce second Empire avait deux faces bien différentes, l'une aristocratiqne Pt l'autre plébéienne, la première qui s'identifiait au banditisme financier, et l'antre qui regardait vers les foules campagnarcles. Celle-ci n'était qu'un masque. Introduit par les intérêts ùe la haute pègre capitaliste, acclamé par l'instinct des populations villageoises, qui étaient l'instrument de la chose et
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