La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

G70 LA REVUE SOCIALISTE cours naturel de leurs idées. Ces idées. il faut y compter, ne se modifieront pas de sitôt dans les cervelles paysannes. Il se peut que sous la pression de circonstances particulières, pour nécei;sité de résistance, esprit de protestation, pour s'opposer au retour du régime di vin qu'elles détestent plus que toute chose, il se peut que les campagnes, empêchées d'exprimer leurs véritables préférences, reportent, à ùéfaut de mieux, leurs votes sur la bourgeoisie républicaine, peut-être même, si on les pousse à bout de patience, les donnent au socialisme. Cette conversion des villageois ne sera de longtemps qu'une apparence, et la démocratie, en supposant qu'elle soit capable de voii- ùevant elle, fera sagement de ne pas s'y fier. Aussitôt que la briùe sera lâchée au suffrage rural, le naturel reparaîtra et l'âne reviendra au moulin. Tant que le campagnard demeurera le cultivateur parcellaire, ininstruit et sans garanties, -vestiges des temps barbares, qui existe aujourd'hui, rendant ries plébiscites ainsi que bêlent ses moutons, il acclamera le césarisme. Après tout, la démocratie «éclairée)), aurait-elle tout le droit de reprocher aux électeurs de nos campagnes leur attachement pour l'Empire? Les vétérans de la République n'avaient-ils pas euxmême commencé par être, à leurs débuts politiques, les hriganùs de la Loire, les patauds, les BONAPARTIS'rES de UH5? Les !iûérâtre.~ de la Restauration n'avaient-ils pas concouru, pour une large part, moitié par jésuitisme et moitié par niaiserie, à confectionner crtte légende napoléonienne d'ou devait sortir, vingt am; plus tard, la seconde incarnation de l'Empire? L'épopée impériale n'avait-elle pas été une machine de guerre entre les mains de l'opposition qui battait en brêche le régime de Juillet? Entre autres badauderies qui renfermaient juste assez de vérité pour avoir une valeur comme instruments de charlatanisme, ainsi que le v,rnt l'époque, n'était-il pas admis en thèse populaire chez les répnblicains de 48 que Napoléon, le Messie révolutionnaire, colporteur de la liberté, l'avait promenée dans l'Europe sur les pointes cle ses baïonnettes? Le libéralisme n'a-t-il pas récolté, quanù les campagnes ont fait pousser le régime de l'Empire, ce qu'il avait • semé. En somme, le paysan dans sa rusticité, clans son isolement, dans l'état d'ignorance qu'on lui reproche, n'est en retard, tout compte fait, que de cinquante ans au plus sur les citadins avancés. Ce n'est pas ùe quoi le traiter de si haut dans la longue ascension des àges ... li n'est point de chose humaine, périssable et durable, qui n'ait en elle-même, plus ou moins, un élément de fausseté par où elle doit s'écrouler et un élément de vérité par lequel jusqu'à non vol ordr~ elle tient debout. Il faut reconnaître,où elle se trouve,

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