La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

052 LA REVUE SOCIALISTE logements insalubres, mais, elle serait el)corc entra.vée par oot1•elégislation si favorable aux prop1·iétail·es; les commissions municipales de logements insalubres sont loin d'avoir en France les pouvoirs étendus de celles d'Angleterre, où elles sont parvenues, en forçant la main aux propriétaires, à diminuer la mortalité et à augmenter la longé,·ité humaine dans des proportions notables depuis dix ans. La question est surtout brûlante à Nantes où les bouges les plus infects sont loués aux pauvres à des prix excessifs; où des familles d'ouvriers sont entassées au fond de cours malsaines, sans air et sans soleil, et quelqufois m~me dans des caves, où la scrofule et la lèpre font des ravages terribles. Il y aurait beaucoup à faire et une municipalité socialiste irait jusqu'aux <lernières limites de son droit i,n se faisant aider par une commission de logements insalubres, composée d'hommes ènergiques et compétents. Elle ferait, en outre, exécuter les arrêtés municipaux par les propriétaires au sujet des cuves d'aisance. Cette question est particulièrement intcressante à :-:antes, où les arrêtés sont outrageusement violés; la plupart des maisons non pas de cuves d'aisance et les vidanges ou saturent le sol ou se déversent dans les égouts de la ville, et s'en vo~t empoisonner l'eau de !'Erdre et de la Loire. li en résulte qur la Yille de i\antes est mnlsaine, malgré sont climat tempéré, et le grand fleuve qui la traverse. Faut-il s'en étonner, quand certains quartiers sont bâtis sur un sol littéralement imprégné de matières fécales. En f'lisant exécuter les arrètés municipaux, il y au1-ait, de plus, une source importante de travail pour les ouvriers de la ville. mais il faudi-ait se mettre au-dessus des clameurs des propriétaires. Les municipalités opportunistes, clé1·icaleset mêmes radicales se sont succédées et aucune d'ellPS n'a osé se mettre en lutte contre eux. Eske que les arrètés, les décrets et les lois ne sont pas faits exclusivement pour les petits? Il appartiendrait à une munipalité socialiste de ne point hésiter et d'agir avec la plus grande vigueur. La municipalité socialiste étudierait également la question de la construction de logements ouvriers à bon marché, confortables et entourés de petits jardinets. La plupart des travailleurs sont obligés à notre èpoque d'aller habiter la banlieue, ce qui cause le plus grand p1·éjudke aux villes. Une administi·ation municipale intelligente n'aurait-elle pas tout avantage a construire des cités ouvrièt·es dans les villes où il existe tant de terrain vague et inoccupé, dev1·ait--ellemême se contenter comme loyer des frais d'entretien et de l'intérèt des emprunts contractés pour la réalisation de ce projet ? La municipalité 1·Jtribuerait les fonctions municipales aux taux maximum des salaires ouvriers, car elle comprendrait un certain nombre de travailleurs dans son sein, qui se trouveraient le lendemain de leur élection dans la sitùation de Calvignac. Il suffit, pour s'en rendre compte, dt' se mppeler ce qui s'est passé à Nantes, au sujet des conseillers ouvriers élus en 1888. Elle s'intéresserait tout particulièrement aux questions qui concernent le développement de l'Qrganisation ouvrière à tous les points de vue., non-seulement pai·ce qu'elle émanerait des travailleurs, mais aussi parce que le seul moyen de rendre une cité prospère et d'augmente1· le bien-ètre de l'ensemble des citoyens est de favoriser les producteurs et non plus les parasites; en effet, ceux-ci ne sont mème pas des consommateurs à ménager puisqu'ils s'en vont chercher Ill bien-être et p1-&m~nerleur inutilité dans les stations balnéaires, dans les villes d'eaux et de plaisir, trouvant ainsi le mo·yen de profiter des avantages de leur ville et d'en laisser les prmcipales charges aux prolétaires qui ne peuvent se déplacer.

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