La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

616 LA REVUE SOCIALISTE aux masses l'espoir d'acquérir, par l'épargne, le revenu que la classe capitaliste se procure avec l'aide du travail d'autrui. Vous êtes pauvre et sans sécurité, disaient les prophètes de cette religion nouvelle, parce que vous n'économisez point. Le capital est du travail économisé. Epargnez et en capitalisant l'épargne faite du produit de votre labeur, vous amasserez ce revenu que la haine ni l'envie ne sauraient vous donner. Pour encourager l'épargne, l'Etat se chargea eu partie de la gérance des fonds et. ... l'expérience, encore une fois, a brisé en mille morceaux le pot-au-lait de Perret.te. Aristote en avait déjà fait la remarque il y a plus de deux mille ans : les pièces d'argent ne se reproduisent pas au fond d'un tiroir - pas mème dans les tiroirs d'une caisse. Quand le stock des épargnes a eu démesurément grossi au point d"attcindre le chiffre de 3 milliard:; 800 millions au 1cc Janvier 1892, il a fallu donner à ces sommes un placement, c·est-à-dire une source de profits que la Caisse des Dépots et Consignations était impuissante à leur fournir. De là les achats de rente qui ont provoqué la campagne contre le système et le mouvement des retraits qui ont si fortemenl ému l'opinion il y a deux mois. A V<'C M. Rostand, nous pensons que l'Etat devrait abandonner une responsabilité aussi lourde que celle qu'il assume par la gérance des capitaux de la petite épargne; d'autant que le plus souvent, les caisses constituent des sortes de banques de dépôts, utilisés par des personnes ne méritant à aucun degré les faveurs que l'Etat leur octroie en leur payant un intérêt de 3 à 3 1/1 pour cent. Lorsque la Chambre a discuté le nouveau régim<>des Caisses d'épargne, quelques députés out paru effrayés du stock atteint par l'épargne en France : 3 milliards 800 millions, M. Rostand fait observer à ce sujet que le chiffre n'iJ-rien d'extraordinaire. En Allemagne, le seul royaume de Prusse a un stock de 4 milliards 300 millions dans les coffres de ses caisses d'épargne ; aux Etats-Unis, ce stock atteint huit milliards 1[2. Il n'y a donc pas lieu de se monteer terrorisé du chiffre de 3 milliards 800 millions. Jl.1. Rostand voudrait que l'Etat, renonçant à la gestion des fonds des caisses, proclamàt le libre emploi de ces fonds par les caisses elles-mèmes, dont l'autonomie assurerait aussitôt le dév<>loppement. Nous souhaitons voir se réaliser la réforme préconisée par l'honorableadministrateur,sans toute fois attribuer à sa réalisation l'efficacité sociale qu'il en attend. L'exemple de la Prusse, de l'Allemagne, de l'Italie, où la misère co-existe avei; des caisses d'épargne propices, autonomes et bien administrées,

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