La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

(311 LA REVUE SOCIALISTE les six grandes banques : la Kationale, la Romaine, la Toscane, la Banque Toscane de Crédit et les Bancos de Sicile et de Xaples. Ces billets étaient souscrits par des hommes politiques et complaisamment escomptés par ces banques, moyennant un acquiescement plus ou moins complet au programme du cabinet régnant. Mais là ne se sont pas bornées les libéralités financières des établissements de crédit, car M. Finali trouve une autre somme de 200 millions, figurant sur les livres sous la rubrique de cc capitaux immobilisés >l, qui doit être à peu près confondue avec celle drs billets en souffrance. Elle représente, en effet, des prêts consentis à des sociétés indnstrielles en faveur auprès du gouvernement, des avances faites à des sociétés financières inspirées, dirigées ou administrées par les hommes au pouvoir ou leurs amis. Ces sociétés, pour la plupart, ont disparu, emportant avec elles la maigre garantie que s'étaient réservée les banques prètPuses ... Uue somme de 172 millions inscrite au chapitre « Emplois directs de capitaux ll est tout aussi aventurée que les deux premi.'ires. Est-ce tout? l\"on, nous dit 1\1. Pareto, car les administrateurs des banques italiennes avaient un système tout particulier de comptabilité, connu pour ainsi dire d'eux seuls, et il est très difficile, à qui n'a pas tous les éléments contenus dans leurs livres, de se rendre compte de la valeur des chiffres. Ainsi, pour ne cit€'r qu'un exemple, M. Finali dit que la Banque Nationale a 21 millions d'effets en souffrance. D'autre part. il nous apprend que son portefeuille se décompose en lll.i82 effet~ représentant une valeur nominale de 198 millions, acceptés pour la première fois; et 14.237 effets renouvelés, d'une valeur nominale de 137 millions. La valeur moyenne des bons effets. est de 1780 francs environ ; an contraire, les effets renouvelés ont une valeur nominale moyenne de 9800 fr. Cc ne si-nt pas là, évidemment, des effets commerciaux, mais pour la plupart billets de complaisance et les 13i millions figureraient plus exactement, croyons-nous au chapitre des billets en souffrance. :Maisil est impossible, faute des documents originaux et complets, de se prononcer sur l'étendue des pertes que la Banque devra subir de ce chef. En nous en tenant, cependant, aux chiffres indiq nés par M. Finali, le désastre financier est considérable, car, nous voyons que les capitaux et les réserves des 6 grandes banques d'émission, s'élevant ensemble à 333 millions ont été dévorés, en même temps que les banques immobilisaient 629 millions pour la plupart à jamais perdus, puisque les effets en souffrance, c'est-à-dire les billets acceptés sur le visa des ministres régnants ne sont pas près d'être remboursés.

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