La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

LA QUESTIOX SOCIALE DEYAXT LES CORPS }:LUS !i07 <le se mettre à la tète du mouvement syndical, décimer les syndicats, effrayer les masses et les éloigner ainsi du syntlicat où elles seraient tentées d'entrer. A Longuyon, sur la ligne de l'Est, une section se forme. lmmèdiatement - je donne la date et les heures, - le 2 aoùt, à dix heures du matin, le chef de gare fait appeler un synrliqué tlont j'ai le nom et il lui tient à peu près ce langage : li lui dit qu'il condent de ne plus faire partie du S)ntlicat, qui est hostile à la compagnie ; que s'il persiste, à la moindre sottise on le mettra à la porte; de plus. quïl n'aura pas d'avancement, mais que s'il ,•eut, au contraire, s'en retirer tout de suite, il sera bien vu de ses chefs. Ce langage ~st tenu à un certain nombre de membres du syndicat de Longuyon. ~Jais comme ces invitations ne sont pas accueillie~, on re\'ient ll la méthode que je vous ai déjà signalée sur l'Ouest : on frappe à la tète. Le nommé Bourgeois. sec,·étaire de la sedion de Longuyon, est déplacé sans qu'il y ait à ce déplacement aucun motif de service - je dis aucun motif précis, indiqué. A Chaumont, le nommé Quénisset, secrétaire de la section, re~oit l'ordre suivant : « Je \'0US adresse ci-joint une lettre par laquPlle M. le chef de l'exploitation vous info1·me que, par décision du 24 mai courant. vous ayez été nommé facteur-aiguilleur à Loue~me-Tou,·be, à titre de dernier a,·enissement. • Or, j'avance que Quénisset, au moment oo il l'ercvait cet Ol'dl'e • à titl'e de dernier :n·el'tissement », n'en avait encore reçu aucun ; que cet agent n'avait jamais éU l'objet d'aucune espère de punition. Et d'ailleurs. si on peut gal'<lel' quelque doute sui' les motifs de cet ordre, voici, mcssicul's, qui va les lc\'er ; c·est le post-scriptum qu'à la suite de cet ordr<· a ajouté le chef de sel'vice : « C'est sui· ma proposition, écrit cet agent supfrieur. qu'à la suite de récents incidents. où vous n'a\'cz pas su romprcndl'e quP \'0tre position à la compagnie rnus <léfendait d'intervenir et de participer à des scandales réels, incidents qui ne faisaient d'ailleurs qu'en suivre d'autres, où vous n'avez pas su enrore vous tenir à votl'e pla0 c, ,·oti·e l'etraite du sel'vice des trains a été décidée. Je vous avais pl'évenu à plusieurs reprises que je ne laissc1·aisjamais pénétrer dans le personnel dont la direction m'est confiée l'esprit d'indiscipline et d, désorganisation. Je regrette que \'0US ne m'ayez pas compris. » Sa,·ez-vous cc que signifient ces expressions ? Yous allez le voir. Le nommé Quénissct avait d'abord rornmis le crime d'acrompagne1· un de ses cama,·ades révoqué pou,· une cau,e analogue. le nommé Schweital, au contrôle de l'Etat, et d'a,·oi1· ap1>elésur son compte la biem·eillance des agents du contrôle. Il a\'ait commis un ~econd crime : il avait présidi! une réunionconférence organisée par le syndicat, Quelques jours après il était frappé de la peine que je viens de rappeler. Et le pel's0nnel a tl'èS bien compl'iS ce que cela voulait dire ; à la suite de ce déplacement du secrétai1·e de l&section de Chaumont, voici la lettre qu'écrivait un agent du personnel syndiqué, ~I. Pépin : • Monsieur, je viens ,·ous confirmer que, pal' suit~ de la décision qui ,•ient d'ètrc prise à l'égal'd de notre collègue. secl'étaire de la section de Chaumont,je me vois forcé de donne,· ma démission du syndicat des ouvriers et employés de chemins de fer français. « Je vous retourne ci-joint mon livret. " Ainsi c'est bien pour faire déserter le syndicat à ses agents, employés et ouvriers que la compagnie de l'Est et que les autres grandes compagnies frappent les senétaires des sections. Je dis que c'est un système, et je n'en veux pour preuve que les derniers exemples que je vais vous citer, et que je prends, ceux-là, sm· le ParisLyon-~éd1terranée.

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