606 LA REVUE SOCIALISTE . Cette attitude aggressive des représentants les plus fidèles de la classe capitaliste, cet effacement lament.ale du pouvoir chargé de donner à la machine entière l'impulsion démocratique, justifient, croyons-nous, les craintes que nous exprimions plus haut au sujet de la difficulté, de l'impossibilité même d'une transformation progressi ,·c de la société actuelle et d'une solution pacifique de la question sociale. Si on n'en vient point à une révision démocratique de la Constitution de 1875, de façon à affaiblir les puissances de réaction, si on ne·rend point plus facile et plus prompt le vote des lois de progrès social, nous craignons bien que l'exaspération populaire ne revise la Constitution d'une façon peu parlementaire et pas,mblement brutale. Pendant que nous constatons ces fücheux symptômes, la guerre .aux syndicats continue dans toute la France. La classe bourgeoise se défend par tous les moyens avec la complicité des divers ministères républicains dont les paroles et les actes sont en complet désaccord. Cette guerre aux syndicats ouvriers ne serait possible ni dans les mines ni dans les chemins de fer, industries concédées par l'Etat et suneillées directement par lui, si la bonne volonté des ministres compétents ne se dépensait tout entière en J)aroles. Signalons it ce sujet l'interpellation développée par Jl,DL l\Iillerand et Jourde dans la séance du 29 mars 1893 au sujet de l'attitude des grandes compagnies de chemins de fer à l'égard de ceux de leur~ agents qui sont syndiqués et sur la situation créée à leur.personnel par les Compagnies secondaires. Voici les faits signalés par Millerand. C'est rlans la compagnie de l'Ouest que Je fait se passe. La section d' Achères venait d'être formée ; une réunion est faite à ~laisons-Laflte, et le secJ'étaire est nommé. Quelques jours après sa nomination, la Compagnie le déplace et l'envoie à Avrnnches. T.amème section se réunit quelques jours plus tard à Poissy pour nommer un autrP secrétaire à la place d~ celui qui vient d'être envoyé à Avranches. A peine Je nouveau sec1·étaire, M. Cordon, e,t-il désigné qu'il reçoit avis de son déplacement et de son envoi à Saint-BJ"ieuc. Il arrive à Saint-Brieuc. Une section se forme ; l\J. Cordon est désigné comme secrétaire de cette section ; immédiatement il reçoit avis de son nouveau déplacement et de son envoi à Angers. (Exclamations à gauche). lll. Le Hérissé. - C'est scandaleux ! III. lllillerand. - Voilà des faits qu'il suffit, je crois, de citer sans qu'aucun commentaire ait besoin de les souligner. La Chambre a manifesté son sentiment. Je dois dire qu'avant elle M. le ministre avait manifesté Je sien et que, sur son intervention, la compagnie de l'Ouest a retiré l'ordre de déplacement qu'elle avait envoyé à i\1. Cordon et qu'elle l'a maintenu a. Saint-Brieuc. Voilà pour la Compagnie de l'Ouest. Je passe à la compagnie de l'Est. Vous allez voir dans chacun de ses actes le même but poursuivi. Ce but est triple : chàtier ceux qui ont l'audace
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==