LA QUES'l'IOS SOCIALE DEY AS'l' LES CORPS ÉLUS (i05 ne voient point probablement que leur louche' attitude, leur inintelligence de leur époque et des concessions nécessaires préparent dans l'ombre le grand drame qui consommera leur perte. Dans ces derniers mois, nous avons assiRté au Rpeetacle, à notre avis lamentable, de l'abdication de la Chambre deHdéputés. Plus d'énergie, plus de ressort, plus de ,·olonté, tout cela a dis- _pan.1 ! La petite et la moyenne hourgeoisie, dans lesquelles se rècrutent nos gouvernants, semblent épuiRécs et vidées : seule la classe entretenue emploie à la défense de ses intérêts une tenace l'.nergie que 1·ien ne lasse. L'abaiR:;ement général, des caractèreR, des Yolontés, fruit naturel de la société capitaliste, qui fait à. tous ceux qui sont paunes et qui Yeulent arriver une nécessité imp(•- rieuse de la platitude et de l'humilité, a anéanti resprit de ferme illlh'pendance, la loyale et noble franchise du caractère national. Pour être quelqu·un aujourd'hui, pour vi\Te, pour gagner honorablement sa Yic il ne Ruffit pas de travailler avec: intelligence et avec cour,1g.', il faut surtout (excepté dans quelques situations privilégiées) la docilité, la souplesse, disons le mot, la servilité it l'égard de ceux lfUi possèdent. OuYrier, employé, marchand, homme de lettres, médecin, ingénieur, avocat. vous ne serez rien si vous ne vous couchez à plat ventre devant les gr,mds seigneurs du capital qui distribuent la renommée, font le,; clientèles et mettent à l'index les g,ms suspects d'indépendance. Xotre personnel politique a donné la mesure de son impuissance et (l,, son affaiRsement. La Chambr<l des députés, qui a eu encore quelques fois de vagues lueur;; de bonne volonté démocratique et réformatrice, ,·ient de s'incliner humblement rlernnt le,; ordres du Sénat. Elle a créé un précédent très gr.1..-eet laissé s'établir l'égalité en faît de prérogatives budgétaires entre les deux organes du pou ,·oir législatif, contrairement aux traditions et et contrairement aux droits que possèdent les Chambr.is basses dans tous les payt:ià gouvernement parlementaire ou démocratiqu<'. Cette impardonnable faiblesse à l'égard des retours agres::;ifs de l'esprit cle réaction représenté par le Sénat fait craindi·e pour l'avenir : La Chambre qui n'est point élue par le suffrage universel s'est permise non seulement de repousser la réforme de l'impôt des boissons, de repousser l'impôt sur les opérations de bourse, de remanier dans un sens favorable aux grands magasins toutes les propositions votées par la Chambre des députés au sujet des patentes, mais aussi elle s'est pour la première fois arrogé le droit inouï de créer des impôts en rétablissant, pour équilibrer son budget, certaines ressources fiscales supprimées par les élus directs du suffrage universel. Jamais le Sénat n'avait eu encore une telle audace.
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